La migration vue comme une chance 

L’interculturalité rend créatif

Niklaus Rüegg, 07.10.2013

Haci-Halil Uslucan fait partie de la génération des enfants de travailleurs immigrés turcs venus en Allemagne. Depuis 2010, il est directeur scientifique du Centre d’études turques et de recherche sur l’intégration (Zentrum für Türkeistudien und Integrationsforschung) et professeur d’études modernes turques et de recherche sur l’intégration à l’Université de Duisburg-Essen.

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« Les écoles ne réussissent pas à donner les mêmes capacités à tous les enfants. »

La migration vue comme une chance

Interview: Niklaus Rüegg

Né en 1965, Uslucan vit depuis 1973 à Berlin. En 1985, il entreprend des études à l’Université libre de Berlin et obtient en 1991 son diplôme de psychologie. En 1997, il passe une maîtrise en littérature générale et comparée et obtient en 1999 un doctorat en psychologie. En 2006, il passe son habilitation à l’Université de Magdeburg. De 2006 à 2008, il assume la fonction de chargé de cours (Vertretungprofessur) à l’Université de Potsdam (psychologie pédagogique et psychologie motivationnelle) et de 2008-2010 à l’Université Helmut-Schmidt de Hambourg (psychologie pédagogique.) En 2009 il est professeur invité à l’Université de Vienne. Depuis août 2010, il est directeur scientifique du Centre d’études turques et de recherche sur l’intégration (Zentrum für Türkeistudien und Integrationsforschung) et professeur d’études modernes turques et de recherche sur l’intégration à l’Université de Duisburg-Essen. Ses principaux domaines de recherche sont le développement intellectuel chez l’enfant, la violence et le développement juvéniles dans un contexte culturel et interculturel, les familles et l’éducation interculturels, l’islam et l’intégration, la santé et la migration.
Uslucan participera le 25 janvier 2014 au Forum sur la formation musicale ou il présentera un exposé sur l’encouragement de talents et la migration.


Monsieur Uslucan, les problèmes d’intégration et de violence occupent beaucoup de place dans vos recherches scientifiques sur la migration. Selon vous, l’interculturalité peut-elle aussi représenter une chance?
Absolument. Même si j’ai consacré mon doctorat à la violence juvénile, depuis quelque temps je m’intéresse aussi beaucoup à d’autres sujets. L’intégration dans d’autres cultures représente véritablement une chance pour les deux parties. L’interculturalité rend créatif. On découvre que les choses ne sont pas figées mais peuvent être envisagées de différentes manières. De nombreuses études démontrent que les personnes ayant des expériences multiculturelles se montrent plus créatives dans la résolution des problèmes, car elles peuvent s’appuyer sur des modèles de leur propre culture et sur ceux de la culture étrangère. Le multiculturalisme et le plurilinguisme sont de remarquables atouts par exemple pour combattre des préjugés, pour vivre la tolérance.

Observe-t-on des différences entre des groupes de population dans le domaine de la violence?
Précisément en matière de violence, les connaissances sont transposables. Ce que je m’efforce de montrer, c’est qu’il n’y a pas en soi d’identités plus violentes que d’autres, que tout dépend des facteurs de risque donnés : expérience de la violence dans la jeune enfance, faible niveau d’instruction des parents, logement trop étroit, revenu modeste, risques sociaux tels qu’exclusion ou chômage. Or ces aspects se retrouvent plus fréquemment chez les étrangers. C’est pour cette raison que le risque de violence s’accroît dans cette population. Par contre, des études ont démontré qu’avec des risques sociaux comparables, il n’existe pratiquement aucune différence entre migrants et Allemands pour ce qui est de la propension à la violence.

Quels sont les obstacles sur la voie d’une intégration réussie?
Le principal obstacle reste l’intégration structurelle, c’est-à-dire l’accès au marché du travail et de l’éducation. Cet accès est le fondement d’une vie sociale autonome. En Allemagne, récemment encore le chômage était deux fois plus élevé chez les migrants que dans la population indigène. Quant aux écoles, si elles posent les mêmes exigences à tous, elles ne réussissent pas à donner les mêmes capacités à tous les enfants. Lorsque les parents ont un niveau d’instruction réduit, le risque d’échec scolaire augmente.

Les formes d’éducation autoritaires et strictement religieuses du pays d’origine ont-elles d’une manière générale un effet négatif sur le succès de la formation des migrants?
Il convient d’argumenter ici de manière différenciée. D’une part, les formes d’éducation très autoritaires ont toujours une influence négative sur l’enfant. Elles étouffent la créativité et conduisent les enfants à penser de manière dogmatique. Quant à la religiosité, ce n’est pas une mauvaise chose en soi, tant qu’elle n’interdit pas de penser. Elle peut contribuer à affermir et à protéger l’individu. Cela dit, interpréter le succès de la formation uniquement sur la base de la religion du pays d’origine est toujours trop réducteur. Les Italiens du Nord s’intègrent mieux que leurs compatriotes des régions rurales ou méridionales en terme de formation. Il en va de même pour les Turcs. Alors qu’en comparaison les Perses par exemple possèdent une très bonne formation, bien qu’ils viennent d’un pays islamique.

Connaissez-vous des exemples de socialisation réussie, de formation et d’encouragement couronnés de succès chez des élèves issus de la migration?
Je connais dans mon entourage quelques personnes, des médecins-chefs, des avocats, qui ont réussi leur carrière bien que leurs parents étaient analphabètes. La question qui se pose ici est de savoir quels facteurs ont agi chez eux et n’ont pas eu le même effet chez d’autres. Ceux-ci relèvent d’une part naturellement d’aspects individuels comme l’intelligence et la curiosité. D’autre part, des facteurs scolaires et sociaux jouent un rôle, comme l’encouragement par un enseignant, les amitiés et personnes de référence hors du cercle familial et du milieu ethnique. Une formation réussi est souvent le produit d’une série de hasards.

Qu’est qui peut renforcer des jeunes issus de la migration?
La reconnaissance et l’encouragement de leur langue maternelle. Les enfants ne doivent pas avoir l’impression que leur langue est dévalorisée. Les parents aussi devraient être soutenus dans leurs deux langues et chercher à nouer des amitiés hors de leur entourage direct. Les difficultés doivent être affrontées de manière proactive. Il faut apprendre à reconnaître mutuellement ses réserves, ses peurs, ses problèmes et à développer sa sensibilité. Il faut aussi encourager l’esprit d’ouverture et les enseignants à la fibre interculturelle.

La formation musicale, l’apprentissage d’un instrument peuvent-ils avoir une influence positive sur l’intégration?
La musique peut se révéler un facteur d’intégration très efficace. A travers la pratique musicale, un contact se crée avec l’autre et l’on reconnaît la personne qui est derrière lui. Il y a dans mon entourage quelques familles dont les enfants jouent très bien du luth turc à long manche, mais leurs talents ne sont pas reconnus. S’ils jouaient de la guitare conventionnelle ou du piano, leurs talents musicaux pourraient être détectés bien plus précocement.

Traduction: André Carruzzo
 

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