8e FFM 2016: Allan Guggenbühl 

Transmettre le patrimone culturel

Niklaus Rüegg, 27.06.2015

Psychanalyste bien connu, Allen Guggenbühl participera au prochain FFM en janvier 2016 où il prononcera un exposé sur les défis de l’éducation pour la génération de demain.

Image
« Les réformes de l’éducation reposent sur les visions d’avenir de la vieille génération et non sur les besoins ou les visions des jeunes. »

8e FFM 2016: Allan Guggenbühl

Niklaus Rüegg – Le prochain FFM accueillera une palette d’orateurs réputés qui s’exprimeront sur le thème de l’innovation et du changement. Musicien, psychologue et psychanalyste, Allen Guggenbühl a appris la guitare classique et enseigné cet instrument avant d’étudier la psychologie à l’Université de Zurich. Il dirige actuellement le département de psychothérapie de groupe pour enfants et jeunes au Service psychologique cantonal de la ville de Berne et à l’institut de gestion de conflits à Zurich. Il travaille également comme psychothérapeute analyste dans son propre cabinet et comme professeur à la Haute école pédagogique de Zurich. Auteur de nombreuses publications sur le thème de la gestion de conflits, de la prévention de la violence, de l’éducation et des activités en faveur des hommes et de la jeunesse, Guggenbühl plaide pour une éducation qui se concentre sur les contenus et leur transmission, et se montre toujours critique envers la « réformite » du secteur de la formation.

Herr Guggenbühl, vous vous intéressez depuis de nombreuses années au thème de la violence chez les enfants et les jeunes. Existe-t-il un lien entre cette violence et l’éducation?
Oui, mais il ne s’agit pas d’une relation causale. Les jeunes qui se donnent la peine d’acquérir une formation et de fréquenter les institutions correspondantes sont mieux capables de se contrôler et de s’adapter. Ils savent comment concentrer leurs énergies et s’intéressent plutôt à des thèmes qui les font aller de l’avant. Alors que les jeunes violents se perdent souvent dans des milieux qui ont une mauvaise influence sur eux. Un jeune qui s’éduque exprime une autre attitude, plus positive. Mais un penchant pour la violence existe chez eux aussi. À partir du moment où la violence est légitimée par le système ou par la morale dominante, nous risquons tous de devenir violents. La violence est une mode de comportement fondamental chez l’être humain.

Que faudrait-il changer dans l’éducation, et que faudrait-il conserver?
L’éducation est importante. Elle se légitime par des représentations de l’avenir et organise en conséquence le changement. On veut préparer la prochaine génération à affronter l’avenir et on transmet à cet effet des contenus éducatifs dont on pense qu’ils seront nécessaires à l’avenir. Le problème, c’est que personne ne sait comment celui-ci se présentera. Les réformes de l’éducation reposent sur des suppositions, sur les visions d’avenir de la vieille génération et non sur les besoins ou les visions des jeunes.
Dans son principe, l’éducation est quelque chose de simple : des personnes d’un certain âge, avec du savoir et de l’expérience, transmettent leur patrimoine culturel aux plus jeunes. En ce sens, l’éducation est toujours dépassée. L’important, c’est l’acte de transmission en soi. Car il fait intervenir des aspects humains : une relation s’est-elle établie? L’enseignant est-il accepté? Y a-t-il de l’inspiration et de l’enthousiasme? La jeune personne a-t-elle le sentiment que la personne plus âgée a quelque chose à lui dire qui peut élargir sa vie? La méthodologie, les formes d’enseignement et d’apprentissage jouent un rôle secondaire. Les jeunes reprennent les contenus transmis par leurs aînés, les rejettent ou les intègrent dans leur existence pour en faire quelque chose de personnel.

Que faudrait-il faire en l’état actuel des connaissances pour trouver des réponses appropriées aux défis futurs?
L’éducation ne doit pas être une institution d’assujettissement des jeunes par leurs aînés, l’éducation devrait encourager la relation et la confrontation. L’école devrait être un espace de dialogue et de débat contradictoire. L’éducation devrait être transmise de manière interactive : les anciens professent leurs sagesses et leurs expériences, les jeunes les écoutent et se forment leur propre opinion. Lorsqu’elle est assimilée sans recul critique, l’éducation devient très problématique. Malheureusement, c’est ce qui s’est passé dans le cadre de la réforme de Bologne et de l’orientation des écoles sur le modèle de PISA, qui ne teste que des compétences mesurables. Prenons l’exemple de la définition de la compétence en matière de lecture : celle-ci est contrôlée sur la base d’un texte rédigé dont l’élève doit pouvoir reproduire le contenu le plus fidèlement possible. Cela ne correspond pas à la tradition des régions germanophones de parler d’un texte, d’y réfléchir et d’en débattre. Ces tests sont des combines développées par la veille génération pour obliger les jeunes à s’adapter.

Quelle est la mission de l’éducation: préparer à relever les défis concrets de la vie, ou transmettre des compétences intellectuelles, sociales et artistiques?
L’éducation doit toujours être éloignée de la réalité. Sa tâche consiste à transmettre le savoir conservé. Quand elle essaie de s’adapter à la vie concrète, cela devient la plupart du temps ridicule. Pour pouvoir maîtriser la vie, il faut ce que l’on appelle une « working intelligence ». Cette forme d’intelligence pratique est constituée de plusieurs composantes très différentes, et pas seulement d’une intelligence mesurable et standardisée. Si l’école croit pouvoir transmettre des compétences pratiques, c’est un malentendu. La compétence que transmet l’école, c’est d’apprendre comment se comporter avec les enseignants ou dans des institutions organisées comme des écoles. Cette compétence n’a pas grand-chose à voir avec la vie hors de l’école.

Et c’est pour ça qu’on va à l’école pendant douze ans?
Pour beaucoup, douze ans sont effectivement trop longs. Certains jeunes auraient avantage à faire une interruption de leur formation à la puberté pour prendre un travail ou voyager avant de retourner dans une école ou commencer un apprentissage. Les possibilités offertes par l’école sont surestimées. On attend d’elle qu’elle soit responsable de tout, du développement des compétences sociales, de la prévention de la violence, de la promotion de la santé, etc. Or l’essentiel, c’est que la génération suivante apprenne quel savoir a été conservé par la génération précédente. Quant aux réponses effectives, ce sera à la prochaine génération de les trouver et non à l’ancienne.

Vous êtes guitariste de formation et avez travaillé comme musicien par le passé. Quel rôle la formation musicale joue-t-elle dans le cadre de l’éducation générale?
Faire de la musique peut se révéler extrêmement stimulant et encourageant. Mais l’éducation musicale commence dans la vie quotidienne. Par exemple, on peut étudier quelles sonorités sont tolérées autour de nous. Les sons produits par nos machines sont de plus en plus combattus, les voitures, les locomotives, les avions deviennent toujours plus silencieux. Aujourd’hui, le vrombissement d’un Superconstellation serait impensable. Nous avons remplacé le son des machines par d’autres : dans les ascenseurs un message nous annonce à quel étage nous nous trouvons, dans les gares les haut-parleurs signalent les retards, les street-parade clament l’exubérance à grand renforts de décibels. Les sons des machines nous rappelaient que de l’énergie était consommée. Aujourd’hui, les sons reflètent notre comportement et nos humeurs.

La fameuse phrase de l’ancien ministre allemand de l’intérieur Otto Schily : « Celui qui ferme une école de musique nuit à la sécurité intérieure » est-elle toujours valable?
Je la compléterais ainsi: l’élément sonore, intégré dans la société, augmente le bruit général, mais produit aussi un apaisement. La musique à derrière elle une incroyable histoire couronnée de succès. La jeunesse écoute de la musique partout et à tout moment, a les écouteurs collés aux oreilles, pratique elle-même de la musique, des groupes sont formés avec le sentiment de partir à la conquête du monde. La ferveur avec laquelle on fait aujourd’hui du bruit civilisé est impressionnante. Souvent, la pratique musicale est nourrie par l’imagination et se révèle un moyen de s’affirmer dans le monde.

 

 

 

Image

Sommaire Basis

Services

Association suisse des écoles de musique

Adresse

Secrétariat : Margot Müller et Susanne Weber, Marktgasse 5, 4051 Basel
téléphone 061 260 20 70, Fax 061 906 99 01
E-Mail: info@musikschule.ch

CP 40-4505-7

Présidente

Christine Bouvard Marty
téléphone portable 076 336 28 56

Rédaction pages ASEM

Niklaus Rüegg
téléphone portable  079 708 90 74
E-Mail niklaus.rueegg@musikschule.ch


Jean-Damien Humair, ch. du Champ Jacquenoux 8, 1063 Chapelle-sur-Moudon
téléphone 079 391 91 28
E-Mail redaction@revuemusicale.ch

Internet
www.verband-musikschulen.ch
www.musikschule.ch
www.ecole-musique.ch
www.scuola-musica.ch

AGENDA

16 -19 mai
Finale SJMW
Lugano

30 - 01 mai 2019
AD EMU
Sofia, Bulgarie

30 mai - 2 juin 2019
Festival SKJF
Lucerne

14 juin 2019
10:15–15:30
AD ASEM
Olten

29 juin 2019
MAS Musikmanagemenent
Cérémonie de remise des diplômes de directeur d’école de musique ASEM
HKB Bern

05 - 07 septembre 2019
Séminaire de réflexion ASEM
Vaud

21 - 22 septembre 2019
Fête fédérale des musiques de jeunes
Berthoud

21- 22 septembre 2019
Swiss Percussion Competition
Weinfelden

15 novembre 2019
AD ASEM
10:15–15:30
Olten
06 décembre 2019
Conférence Romande

17 -18 janvier 2020
Forum sur la formation musicale FFM
TRAFO, Baden

8 - 11 juillet 2021
World Youth Music Festival
Zurich