Les processus décisionnels au cœur de la recherche pédagogique 

Enseigner des compétences plutôt qu’apprendre des faits

Niklaus Rüegg, 25.10.2015

Le volume d’informations que nous recevons chaque jour atteint des proportions inimaginables et ne cesse d’augmenter. Dans ce contexte, la capacité de gérer de manière adéquate les informations et les risques peut revêtir une importance déterminante.

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« Dans le domaine de la formation musicale, le principe selon lequel l’individu doit acquérir la capacité d’agir de façon autonome est déjà profondément enraciné. »

Les processus décisionnels au cœur de la recherche pédagogique

Niklaus Rüegg – A l’institut Max-Planck pour la recherche en éducation, des scientifiques étudient le fonctionnement des processus intervenant dans le développement, la formation et la prise de décisions de l’individu. Malte Petersen, collaborateur scientifique à la chaire d’économie d’entreprise de la FernUniversität Hagen et membre invité du groupe de travail Adaptives Verhalten und Kognition de l’Institut Max-Planck pour la recherche en éducation, s’intéresse par exemple à la façon dont l’être humain prend ses décisions dans des situations d’incertitude et comment il gère les risques dans le monde technologique actuel. Lors du Forum sur la formation musicale du 22 et 23 janvier 2016 à Baden, il présentera un exposé sur les risques inhérent à l’innovation et sur l’art de prendre les bonnes décisions, y compris dans le domaine musical.

 

Monsieur Petersen, comment l’individu prend-il ses décisions?

Le processus est très variable et dépend surtout de la décision, ou plutôt de la situation dans laquelle une décision doit être prise. Très souvent, ces décisions ne reposent pas seulement sur des faits objectifs, mais font aussi intervenir des facteurs comme l’émotion et l’intuition, qui jouent un rôle déterminant.

 

Nous devons sans cesse prendre des décisions sans disposer des bases de décision nécessaires. Que peut-on faire pour évaluer correctement les risques et apprendre à gérer les incertitudes?

La compréhension et la gestion des risques ne font hélas toujours pas partie du canon classique de l’éducation. C’est pourquoi les personnes se fient souvent au jugement de spécialistes pour des décisions complexes. Ce n’est pas forcément une mauvaise chose si l’expert peut agir de façon indépendante et sans être exposé à des conflits d’intérêt. Mais très souvent ces conditions ne sont pas remplies, et nous ne pouvons donc pas avoir l’assurance que les choix qu’il nous recommande vont vraiment dans notre sens. C’est pourquoi il est absolument nécessaire d’acquérir des compétences qui nous permettent de comprendre et gérer les risques. Ce qui suppose aussi de savoir comprendre et interpréter nous-mêmes correctement les statistiques pertinentes.  

 

Quels résultats de vos recherches peuvent être appliqués à la formation?

Même si cela n’apparaît pas à première vue, l’éducation occupe une place centrale dans nos recherches, comme en témoigne du reste le nom Institut Max-Planck pour la recherche en éducation. Nos sujets de recherche sont étroitement liés à des questions de formation. Il s’agit d’une part de comprendre comment les personnes prennent des décisions. Nous sommes donc ici dans une dimension purement descriptive. Mais à travers la description, nous apprenons aussi quelles sont les informations et les mécanismes auxquels l’individu a recours pour prendre des décisions. Ce savoir sur les processus décisionnels peut ensuite être utilisé pour développer des stratégies de formation adéquates, comme la présentation d’informations statistiques saisissables de manière intuitive.

 

Quelles connaissances et quelles attentes motivent les innovations et les réformes dans le secteur de l’éducation ?

A l’avenir – et c’est là l’une de nos principales conclusions – il s’agira moins d’apprendre par cœur des données factuelles, que de développer des compétences qui nous permettent de comprendre et évaluer des informations de façon autonome. Le principal objectif d’un enseignant devrait donc être d’enseigner des méthodes de traitement des informations. Et cela le plus tôt possible. Quelques collègues de notre institut ont récemment publié une étude très instructive dans laquelle ils montrent qu’un enseignement précoce de la gestion des informations et surtout des risques offre des perspectives prometteuses. En utilisant des formes de présentation adéquates, ils ont permis à des élèves d’école primaire de résoudre des problèmes statistiques sur lesquels bon nombre de médecins diplômés s’étaient cassé les dents.

 

Quel est le rapport entre ces recherches et la formation musicale?

Jusqu’ici il s’agissait surtout d’enseigner des capacités plutôt qu’un savoir factuel. Il en va de même en musique : je ne vais pas à une leçon pour pouvoir jouer ensuite un morceau concret, mais parce que je souhaite acquérir la capacité de jouer d’un instrument. Naturellement, l’enseignement se fait sur la base d’une pièce concrète. Mais une fois les capacités fondamentales acquises, l’élève est en mesure de travailler lui-même une nouvelle pièce, voire de découvrir avec son instrument de nouvelles formes de pratique musicale, comme l’improvisation ou même la composition. Dans le domaine de la formation musicale, le principe selon lequel l’individu ne doit pas être conditionné avec des idées préconçues, mais doit acquérir la capacité d’agir de façon autonome, est donc déjà bien enraciné.

 

Comment faut-il gérer ici les risques et les incertitudes qui en découlent?

C’est une question à laquelle le professeur de musique, en tant que spécialiste de la formation musicale, est mieux à même de répondre. Pour ma part, le risque le plus manifeste que je vois ici est la concurrence des autres offres de loisirs, qui n’étaient pas aussi abondantes auparavant et qui aujourd’hui accaparent une grande partie du temps et de l’attention des élèves de musique. Or le temps et l’attention que nécessite une formation musicale n’ont pas diminué. En conséquence, il est possible que l’on doive aujourd’hui se décider de façon plus consciente pour une formation musicale. Cela représente un défi, mais certainement aussi une chance pour la formation musicale, et donc pour les écoles de musique aussi.

 

Traduction : André Carruzzo

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