FFM 2018 : intégration et échange

Niklaus Rüegg, 04.09.2017

Pourquoi la musique représente-t-elle une remarquable chance pour l’intégration ? Cette question, entre autres, sera abordée par Ueli Mäder lors du FFM 2018.

Le prochain FFM, intitulé « Veränderung: Chance oder Gefahr? Der Einfluss von Megatrends auf die musikalische Bildung », se déroulera les 19 et 20 janvier 2018. Il traitera de l’impact que les grands défis actuels sociaux et politiques comme la migration, le changement démographique ou la numérisation peuvent avoir sur la formation musicale, et étudiera les possibilités d’y répondre. Les intervenants réputés qui s’y exprimeront seront présentés au préalable par l’ASEM. La série commence avec Jonathan Bennett et Ueli Mäder.

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« Les écoles de musique devraient montrer de manière tangible à la population leur valeur élevée. »

Niklaus Rüegg – Un sociologue étudie la façon dont la société fonctionne, comment les normes sociales apparaissent. Il peut développer son analyse à partir de réalités ou de grandes tendances, mais il peut aussi se fonder sur des situations du quotidien, comme l’a fait Ueli Mäder dans son dernier ouvrage intitulé « Dem Alltag auf der Spur ». Dans son étude « macht.ch – Geld und Macht in der Schweiz » publiée en 2015, Ueli Mäder se penche sur la question du pouvoir en Suisse et démontre qui le détient et quel est le rôle joué par l’argent.
Scientifique renommé, politiquement de gauche, Ueli Mäder a été professeur ordinaire de sociologie à l’université de Bâle, et nommé professeur honoraire en 2016. L’un des ses principaux thèmes de recherche est l’inégalité sociale (richesse/pauvreté, intégration/exclusion). En ce moment, il travaille à un livre consacré aux années 68. Lors du FFM 2018, Ueli Mäder parlera de la thématique de la migration considérée du point de vue sociologique, de l’intégration et de l’inclusion.

Monsieur Mäder, vous vous montrez critique envers la concentration de l’argent et les inégalités sociales croissantes. Quelles sont les causes socio-politiques de ce  phénomènen ?
La concentration croissante de l’argent entre en conflit avec le principe fondamental de la démocratie. La pensée centrée sur l’argent tend à s’étendre aux domaines de la vie culturelle et sociale, cela aux dépens de valeurs humaines. Un autre point est l’inégalité grandissante entre ceux qui possèdent toujours plus et ceux qui ne peuvent pas suivre le mouvement ou doivent même reculer. La cohésion sociale s’en trouve menacée. Par le passé, la conviction selon laquelle le travail et le capital devaient être dans un rapport équilibré était encore dominante, même chez les grands patrons de l’économie. Aujourd’hui, les banquiers vous disent que c’est le marché qui détermine la valeur du travail. Or le principe devrait être de dire qu’une société va bien lorsque tout le monde va bien. C’est d’ailleurs une idée issue du libéralisme politique.

Comment expliquer l’évolution des normes sociales ?
Les normes sociales prennent naissance dans la pratique. Quand la pratique consiste à affirmer simplement que ce qui est valable et bon est ce qui finit par s’imposer, nous sommes régis par un principe utilitaire. Dans ma jeunesse, la pédagogie était largement fondée sur les exercices répétés et la punition. L’éducation était orientée vers les lacunes. Il en allait d’ailleurs de même avec l’enseignement de la musique. Par chance, la raison a commencé à prendre le dessus. Aujourd’hui, les personnes chargées de l’éducation doivent au moins fournir des arguments et ne plus simplement faire quelque chose parce qu’il en a toujours été ainsi. En ce moment, nous devons veiller à ne pas retomber dans les mécanismes rigides de sanctions que nous avons connus par le passé. Le régime des points de crédit pratiqué dans les universités remet partiellement en question la motivation interne. Cependant, je vois aussi aujourd’hui une grande disponibilité à encourager les compétences personnelles et à intégrer nos obligations envers la société, et cela de manière volontaire.

Quelles pourraient en être les conséquences pour les activités musicales avec la  jeunesse ?
Je suis passionné de hand-ball et de football, pratique encore moi-même ces sports et conseille des sociétés. Je dis aux clubs : arrêtez de vous mettre à la mode « wellness » et de jouer la surenchère des offres simplement pour attirer davantage de membres. Non, pouvoir participer dans une équipe doit avoir un prix. Tournez-vous vers des personnes engagées qui sont prêtes à s’investir. Cela pourrait aussi être valable pour l’enseignement de la musique. Il s’agit d’enthousiasmer les gens avec le contenu et d’exploiter leur curiosité, plutôt que de les courtiser par des offres toujours plus aguichantes.

A propos de la migration : l’intégration est-elle synonyme d’adaptation ou plutôt de confrontation avec l’altérité ?
Auparavant la pensée était dominée par un principe dualiste : intégration ou exclusion. Aujourd’hui, l’idée d’un échange permettant aux deux parties d’apprendre l’une de l’autre me semble très importante. Les personnes venant d’une autre culture doivent pouvoir apporter avec elles quelque chose qui leur est cher et familier, et cela éveillera en retour leur intérêt à assimiler des éléments de notre culture. Une de nos filles est enseignante et a des enfants polonais dans sa classe. Par conséquent, ils chantent aussi des chansons polonaises pendant les cours. L’effet est impressionnant : les enfants se sentent revivre, acceptés et cette force se transmet dans d’autres domaines. Le rapprochement crée la confiance, et permet aussi d’apprendre à reconnaître les différences et les limites. Nous ne pouvons pas si facilement comprendre l’altérité, mais nous pouvons l’accepter. La musique se perçoit par les sens, elle agit comme un lien et représente ainsi une énorme chance pour l’intégration.

L’argent joue un rôle de plus en plus déterminant, y compris dans la formation musicale. Les mesures d’économie se multiplient...
Aujourd’hui, on argumente de plus en plus en termes économiques. Dans une conférence présentée à la haute école de Saint-Gall, j’ai montré combien la prévoyance vieillesse était un investissement fructueux, car elle crée de nombreux emplois au travers des dépenses de loyer et de consommation. Mon argumentation a été bien accueillie. Mais qu’adviendrait-il si la prévoyance vieillesse n’était plus rentable ? Les personnes âgées n’auraient-elles plus le droit à une bonne qualité de vie ? Et quelle est la valeur de la musique ? Bien gérer les ressources limitées à disposition est certainement une bonne chose, mais les écoles de musique ne devraient pas devoir sans cesse justifier bureaucratiquement l’utilité de leur action. En revanche, elles devraient toujours se demander comment elles peuvent redonner quelque chose à la société et montrer de manière tangible à la population leur valeur élevée.

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