Interview avec Philippe Krüttli, directeur de l'école de musique du Jura bernois 

L’égalité des chances n’est encore qu’une théorie

Anicia Kohler, traduction: André Carruzzo, 25.05.2021

Philippe Krüttli, chef de chœur et d’orchestre, est depuis plus de 20 ans directeur de l’École de musique du Jura bernois. L’an passé, lorsque l’ASEM multipliait les appels pour que la pandémie ne menace pas l’égalité des chances, il s’était montré critique, affirmant qu’en matière d’accès à l’enseignement de la musique, l’égalité des chances n’avait encore jamais existé. Dans cette interview, il évoque le risque que la culture ne devienne un privilège, parce que l’éducation culturelle est négligée.

Philippe, le fait que l’on ait parlé de menace pour l’égalité des chances dans le contexte du coronavirus t’a dérangé. Qu’est-ce qui te fait réagir ainsi ?
Le désir de s’engager pour l’égalité des chances est évidemment une très bonne chose ! Mais la formulation pourrait laisser croire que c’est la pandémie qui est responsable de l’absence ou de la diminution de l’égalité des chances. Ce qui est inexact. Le problème dans ce domaine existe depuis bien plus longtemps. En tant qu’écoles de musique, nous n’atteignons qu’une partie de la population – une partie privilégiée. Ne nous faisons pas d’illusions.

Comment juges-tu les efforts politiques entrepris ces dernières années ?
L’initiative jeunesse + musique était très ambitieuse et la motivation élevée. On voulait vraiment obtenir que beaucoup plus d’enfants et de jeunes puissent avoir accès à la formation musicale. L’article constitutionnel 67a qui en est résulté paraît séduisant – mais à mon avis, il est trop éloigné de la réalité. Certes, le programme Jeunesse et Musique atteint beaucoup d’enfants, ce qui est indéniablement positif. Mais il ne s’agit que d’actions ponctuelles, de camps et de projets. Au niveau des écoles de musique, les tarifs d’écolages, ressentis par de nombreux parents comme très élevés, restent toujours un problème.

Selon toi, l’égalité des chances n’est donc pas en danger : elle est inexistante.
Oui. Elle n’est qu’une théorie. Il faudrait s’efforcer d’exploiter tous les moyens à disposition. Ce qui est inscrit dans la constitution sert à encourager les cantons à créer de bonnes conditions-cadres, mais n’est pas contraignant. Or, beaucoup de cantons sont dans des situations financières difficiles, et les communes aussi subissent des pressions de toutes parts – sans parler des parents. Par conséquent, la solution se trouve selon moi au niveau fédéral. On pourrait imaginer un label de l’Etat qui aiderait les écoles à faciliter l’accès et à mettre effectivement en œuvre l’article constitutionnel – par le développement ciblé de concepts et de projets pédagogiques.

Pourquoi est-ce un problème si l’éducation musicale n’est pas accessible ou abordable pour tout le monde ?
On oublie parfois que l’éducation musicale, ou plutôt l’éducation artistique au sens large, comporte des enjeux qui dépassent de loin l’aspect récréatif. S’il y a des restrictions d’accès à cette formation, seuls quelques privilégiés seront plus tard à même de profiter de la culture. C’est ainsi qu’avec le temps, l’art finit par tourner sur lui-même, au lieu de refléter la société et de la remettre parfois en question. En outre, l’éducation artistique constitue un enrichissement pour chaque personne qui en fait l’expérience. Elle favorise l’épanouissement, aide à maîtriser des situations difficiles, à se changer les idées, à être disciplinés dans ce que nous faisons. L’enjeu de notre formation musicale ne consiste donc pas seulement à générer plus d’artistes. Les arts contribuent au développement d’une société fonctionnelle.

Y a-t-il d’autres personnes dans ton entourage qui partagent ton avis ?
Oui, je pense qu’il y en a beaucoup ! Je l’ai très clairement ressenti lors du dernier FFM. Simplement, on se sent parfois découragé, parce que les affaires prennent beaucoup de temps au niveau politique. Mais d’un autre côté : si l’on n’ose même pas imaginer une idée, comment voudrait-on la réaliser ? On peut quand même secouer le système. Tout n’est pas une fatalité.

 

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