Entretien avec Inés Mateos 
Quand l'école de musique se trouve dans un autre monde

Quand l'école de musique se trouve dans un autre monde

Anicia Kohler, traduction: André Carruzzo, 19.10.2021

Enfant, Inés Mateos aurait aimé apprendre à jouer du piano - mais l’instrument et les cours étaient hors de portée pour sa famille, immigrée d’Espagne. Dans cet entretien, elle donne de précieuses idées en rapport avec la carte d’information parue récemment.

La nouvelle carte d’information de l’ASEM vise à faciliter l’accès aux écoles de musique. Qu’en pensez-vous de votre point de vue de spécialiste, où se situent les obstacles à l’accès?
Le premier obstacle réside dans le fait que pas toutes les personnes grandissent en sachant et en faisant l'expérience que la musique fait partie de la vie et peut même devenir une profession - notamment parce qu’elles ne connaissent pas quelqu’un qui pratique la musique professionnellement. Quand il est tout naturel que l’on prenne des cours de musique en tant qu’enfant et que, par exemple, le grand-père a joué du violon, l’accès est beaucoup plus facile. L'autre obstacle est évidemment d’ordre financier: Il faut pouvoir acquérir ou louer un instrument, il faut payer les leçons, il faut pouvoir trouver où et comment s’inscrire.

Avez-vous vécu vous-même ces difficultés d’accès?
Je suis une enfant de migrants des années 70. Mes parents étaient des ouvriers venus d’Espagne, ma mère a travaillé pendant 28 ans en Suisse comme femme de ménage avant de retourner dans son pays. Enfant, j’ai toujours souhaité apprendre le piano. J’imaginais que ça devait être merveilleux. Mais dès le début, il était clair que nous ne pouvions pas nous permettre un piano. C’était absolument impossible - tout simplement inimaginable. Mon frère a pu apprendre la guitare. Pour cela, il se rendait dans une association culturelle espagnole où quelqu’un prenait en charge un groupe d'enfant l’après-midi et leur donnait des cours. Cela ne coûtait pratiquement rien, et mes parents avaient acheté la guitare en Espagne, parce que c’était beaucoup moins cher. Mais le piano? C’était hors de question.

Selon vous, en quoi est-ce un risque si seul un petit nombre peut fréquenter une école de musique?
Ce n’est pas un risque - c’est malheureusement déjà ainsi aujourd’hui. On sait grâce à la recherche en éducation que la musique est extrêmement importante pour les enfants, car elle les aide à développer des compétences analytiques. Si seules les couches supérieures peuvent en profiter, ce n’est pas équitable. On dépend ensuite des autres enfants.

Les cartes postales sont désormais distribuées partout. Que peut faire une école de musique, par exemple une petite école en région rurale, lorsqu’une famille ne parlant pas bien allemand s’inscrit?
Il est possible que ce soient surtout des familles expatriées qui s’inscrivent après avoir vu la version anglaise de la carte - des familles qui considèrent que la musique est importante pour leurs enfants et sont déjà sensibilisées et proviennent donc aussi d’une couche cultivée. Mais quelqu’un venant d’une autre couche rencontrera beaucoup d’obstacles. Il faut d’abord voir la carte, l’examiner, scanner le code QR, chercher une école de musique adéquate sur le site web et s’inscrire, avec le risque que la langue qu’on a trouvée sur le site web ne soit pas parlée dans l'école.

Quelles mesures efficaces pourrait-on encore envisager?
Ce qui serait formidable, ce serait par exemple d’organiser la journée découverte de l’école de musique avec une société de migrantes et migrants de la commune, ou de passer à cette société pour se présenter. Là, les contacts existent déjà. On a parfois de la peine à imaginer tous les obstacles à l’accès lorsqu’on ne les a pas vécus soi-même. Enfant, j’ai dû chercher moi-même toutes les informations, et traduire pour mes parents. Beaucoup de choses étaient trop éloignées, inimaginables pour moi, l’école de musique se trouvait dans un tout autre monde. Que les informations soient disponibles dans une autre langue n’était malheureusement pas suffisant.

Et si l’on regardait les choses inversement: que gagnerait l’école de musique à ce que la composition de ses élèves soit plus variée?
Il n’existe probablement aucune école en Suisse qui ne joue que de la musique suisse (rire). Au contraire, la musique a toujours été très internationale et variée. C’était même déjà le cas au Moyen Age! La musique a toujours profité des influences extérieures. Celles-ci l’enrichissent et la rendent plus intéressante.

Inés Mateos (licenciée en lettres) conseille des entreprises et des organisations sur des questions touchant au genre et à la diversité, et s’engage dans le domaine du droit des étrangers, notamment en tant que membre de la Commission fédérale des migrations et que cofondatrice de l’Institut Nouvelle Suisse – INES.

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