Depuis quelques années, et de plus en plus, la nouvelle mode est à la suppression des institutions culturelles. Orchestres, festivals, chœurs professionnels, opéras sont victimes d’une rage de destruction aveugle qui s’exerce sous de faux prétextes d’économies.  
Protester est un devoir

Protester est un devoir

Laurent Mettraux, 13.04.2015

Depuis quelques années, et de plus en plus, la nouvelle mode est à la suppression des institutions culturelles. Orchestres, festivals, chœurs professionnels, opéras sont victimes d’une rage de destruction aveugle qui s’exerce sous de faux prétextes d’économies.

Jusqu’à présent, il était encore possible de fermer les yeux et de croire que les sacrifices d’institutions culturelles sur l’autel de l’austérité se passaient au loin, ne concernant que quelques pays en proie à de graves difficultés budgétaires. Et que la Suisse, grâce à son arrogante opulence, ne serait jamais touchée. Hélas, il n’en est rien. A Bienne, la municipalité à majorité pourtant dite « de gauche » a osé proposer de supprimer l’orchestre symphonique fixe. « Oser » ? Un bien grand mot en vérité : il est si simple, si lâche, si facile de s’attaquer à la culture. Peut-être que les décideurs avides de coupes rases dans la culture pensent que les artistes, rêvasseurs isolés si peu dangereux électoralement parlant, se laisseraient dépouiller en silence. Et puis, les artistes n’ont pas d’attaches, n’est-ce pas ? Ils prendront leur violon et leurs deux-trois guenilles sous le bras et iront s’installer ailleurs. Eh bien non, nous ne sommes plus au 19e siècle. Les musiciens, les acteurs culturels ne sont pas des citoyens de seconde zone. Ils participent à la vie de la Cité et rendent la vie plus belle, ou au moins plus supportable. Ils sont indispensables à la survie de la civilisation : ils sont un rempart contre la barbarie et contre le matérialisme froid et désenchanté. Ce ne sont pas non plus de misérables hères qui ne vivent que de leur art et d’eau fraîche. Indispensables à la vie et à l’harmonie de la société, ils ont réussi à obtenir la reconnaissance sociale et financière qui leur était due, acquise de haute lutte.

La solidarité est indispensable

L’Orchestre Symphonique Bienne Soleure a créé bien des œuvres de compositeurs suisses (voir ci-dessous). En tant qu’association professionnelle à la fois des compositeurs et des interprètes de musique des 20e et 21e siècles, il est doublement normal que l’ASM se sente solidaire des musiciens concernés par la douloureuse et cruelle proposition de la suppression de leur orchestre, visant à le remplacer par un « orchestre à projets ». Ainsi, lors de sa dernière séance, le Comité de l’ASM a souligné l’importance fondamentale de la solidarité entre les musiciens. Ce n’est qu’ainsi, en restant unis contre les coupes arbitraires dans le domaine de la culture, que nous pourrons subsister. La division est un signe de faiblesse. Or ceux qui veulent à tout prix économiser sur la culture n’attendent que ce signe de faiblesse pour s’enhardir et aller toujours plus loin dans leurs propositions de coupes budgétaires. Si nous ne protestons pas, si nous restons chacun dans notre coin, en pensant que cela ne nous touche pas directement, alors notre tour viendra : une institution culturelle qui tombe est comme un domino, susceptible d’entraîner la chute de beaucoup d’autres. Nous devrions toujours nous rappeler cette citation :
« Lorsque les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai pas protesté, je n’étais pas communiste.
Lorsqu’ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai pas protesté, je n’étais pas social-démocrate.
Lorsqu’ils sont venus chercher les juifs, je n’ai pas protesté, je n’étais pas juif.
Lorsqu’ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai pas protesté, je n’étais pas syndicaliste.
Lorsqu’ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester. »
(Texte longtemps attribué à Brecht, mais en fait, selon de récentes recherches, de Martin Niemöller).

Economiser dans la culture est une erreur

Début 2014, un rapport conjoint des ministères de l'Economie et de la Culture de la France prouvait, statistiques de l’Insee à l’appui, que la valeur ajoutée directe (c'est à dire du seul fait des activités culturelles) contribuait à hauteur de 57.8 milliards d'euros au PIB français, soit 3.2% de celui-ci. Quelques mois plus tôt, le cabinet privé Ernst & Young évaluait le chiffre d'affaires direct de la culture et de la création à 61.4 milliards d'euros. Si on ajoute encore les activités induites comme les matériaux utilisés, les loyers, l'électricité, etc. (46.7 milliards d'euros), on dépasse les 100 milliards d’euros et on arrive ainsi à 5.8% du PIB. Or le coût total de la culture pour la collectivité (subventions publiques) n’est en France que de 21.5 milliards d'euros. Une fois de plus, il est clairement démontré que, si on s’en rapporte uniquement aux faits matériels et comptables – qui pour un cercle croissant de décideurs reste la seule réalité tangible et compréhensible –, l’art rapporte bien plus qu’il ne coûte. Le rapport ministériel cité mentionnait également que 670'000 personnes vivaient directement de la culture, soit 2.5% de la population active. Autant de personnes qui non seulement produisent plus qu’elles ne coûtent, mais qui par surcroît ne viennent pas enfler les statistiques du chômage.

Quelques œuvres données en création mondiale par l’OSBS

Daniel Andres : …alors la nuit se change en lumière ; Klavierkonzert ; Konzert für Cello und

Orchester ; Orchesterstücke 1,2,3 ; Sinfonietta ; Sonate f. 18 Solostreicher ; Violinkonzert
Jean-Luc Darbellay : Bassklarinetten-, Flöten- und Hornkonzerte
Hanns Eisler : Musik zum Film Grapes of Wrath
Philippe Fénelon : Konzertarien
Stefans Grové : Figures in the mist
Hermann Meier : Kleine Elegie, Fünftes Orchesterstück
Jost Meier : Adullam. Bieler Stadtratssitzung, Suite Concertante
John Glenesk Mortimer: The Ancient Mariner
Andreas Pflüger : Doppelkonzert für Bandoneon und Cembalo
Edward Rushton : The City
Urs Peter Schneider : Achtsamkeit, Amen

 

Opéras :
Daniel Andres : Die Nachtigall der Tausend Geschichten
Martin Derungs : Anna Göldi
Christian Henking : Figaro¿
Jost Meier : Pilger und Fuchs
Benjamin Schweitzer : Jakob von Gunten

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