Les résultats de l’enquête réalisée l’an passé par Suisseculture Sociale ont été publiés : dans l’opulente Suisse, plus de la moitié des artistes vivent dans la précarité… 
Revenu des artistes

Revenu des artistes

Laurent Mettraux, 26.01.2017

Les résultats de l’enquête réalisée l’an passé par Suisseculture Sociale ont été publiés : dans l’opulente Suisse, plus de la moitié des artistes vivent dans la précarité…

Dix ans exactement après une première enquête, les artistes professionnels suisses ont à nouveau pu répondre à un questionnaire en ligne portant sur leurs revenus et leurs assurances sociales. Une comparaison entre les deux résultats a ainsi pu être effectuée. Triste constat : non seulement le revenu médian, toutes activités confondues, n’a pas augmenté, mais, pire encore, la part des gains issus des activités artistiques a même diminué, quand bien même la part de travail qui leur est dévolue a augmenté.

Si le salaire médian annuel suisse est estimé à CHF 75'000 environ, celui des 1720 artistes professionnels ayant répondu au questionnaire complet (en ne comptant donc pas les 702 personnes qui l’ont commencé sans l’avoir terminé) n’avoisine que les CHF 40'000.-. Mais il faut différencier la situation, suivant de quelle branche artistique on parle : si les artistes du cirque, des arts visuels ou les photographes touchent un salaire annuel médian de CHF 30'000 seulement, les musiciennes et musiciens gagnent en moyenne environ CHF 50'000. Cependant, on ne saurait trop insister sur le fait que ces gains totalisent à la fois les revenus issus du travail artistique et ceux générés par d’autres occupations. Ainsi, beaucoup de musiciens enseignent, ce qui n’est que très rarement le cas des artistes du cirque, par exemple. Si on ne prenait en compte que l’aspect purement créatif (composition ou conception de projet), le revenu moyen des musiciens serait certainement bien inférieur. De fait, la médiane du revenu artistique seul se situe, tous arts confondus, à seulement CHF 20'000.- (chiffre très légèrement plus élevé pour les musiciens), c’est-à-dire seulement la moitié du revenu total, alors que les activités en question représentent souvent une part bien plus conséquente des activités globales.

La comparaison entre les gains générés par le travail artistique et l’ensemble du revenu témoigne d’une sorte de glissement vers le bas pour les musiciens : le nombre de ceux pour lesquels entre 70 et 100% du revenu global provient de la pratique de l’art d’Euterpe diminue dans la même proportion que l’augmentation du nombre de ceux pour qui la musique n’entre en considération qu’à hauteur de 50 à 60% de leurs ressources. On peut faire le même constat entre la diminution de la catégorie des 30 à 40% de revenus artistiques et l’augmentation de celle des 10 à 20%.

Cette situation de précarité génère évidemment des conséquences négatives en matière d’assurances sociales, particulièrement au moment de la retraite. Près de la moitié des artistes ne peuvent compter que sur l’AVS seule, sans 2e ni 3e pilier.

Commentaire

Bien entendu, on ne peut comparer des situations personnelles, souvent bien différentes, les moyennes masquant les extrêmes, surtout à une période où les inégalités sociales explosent, quelquefois même au sein d’une même profession. Mais le constat corrobore ce qui pouvait être ressenti sur le terrain : nous n’assistons pas seulement à une stagnation des salaires des acteurs culturels, mais même à une baisse, plus ou moins compensée par des activités annexes. Parallèlement, les augmentations massives des coûts des transports publics ou des primes des assurances-maladies, sans compter les loyers, contribuent à rendre encore plus difficile la vie de bien des artistes et créateurs de notre pays. Encore plus inquiétant pour l’avenir : la concurrence fiscale acharnée des cantons génère un resserrement des budgets et un vaste démantèlement social, qui dans de nombreux cantons se traduit en particulier par une baisse de la réduction individuelle des primes des assurances-maladies, ou le report des dépenses scolaires sur les parents. Cette précarité croissante risque d’être accentuée par de nouvelles défiscalisations (voir notre article concernant la RIE III dans les pages de l’USDAM).

Les artistes subissent de plein fouet les conséquences de plusieurs facteurs dont l’origine puise souvent à la même idéologie : culte de l’austérité et du moins d’Etat (attitude responsable des coupes dans le domaine culturel), baisse des taux d’intérêts des avoirs placés en banque (forçant la plupart des fondations à baisser leurs soutiens ou à grignoter leur capital), mécénat désintéressé de plus en plus remplacé par la vision utilitariste du « retour sur investissement », voire par la spéculation (ainsi, durant la décennie écoulée entre les deux enquêtes de Suisseculture Sociale, le prix de vente de certaines œuvres d’art visuel a explosé). Nous ne pouvons donc faire l’économie d’une réflexion approfondie sur la nécessité de l’engagement politique des artistes contre le démantèlement social dont ils sont souvent eux-mêmes victimes.

Plus de détails sur :
http://www.suisseculturesociale.ch
 

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