Les conditions de travail des professeurs de musique

Les conditions de travail des professeurs de musique

Myrtha Meuli, 07.10.2013

L’enseignement privé est-il reconnu? Cette question, le professeur de musique qui entre dans une école de musique et est informé de son classement dans l’échelle de traitement peut légitimement se la poser. Qu’est-ce qui est considéré au juste comme expérience pro-fessionnelle?


Professeur de musique, une activité à géométrie variable
La plupart des professeurs de musique traversent plusieurs semestres difficiles avec des charges horaires variables, et doivent même souvent partager leur emploi entre différentes écoles de musique. Parallèlement, ils donnent des leçons particulières, qui peuvent repré-senter une activité complémentaire ou leur principale source de revenu. Par conséquent, l’expérience professionnelle résulte d’une part des années de pratique passées dans des écoles de musique, donc dans un cadre institutionnel, d’autre part de l’expérience profes-sionnelle acquise avec les cours particuliers, c’est-à-dire en dehors d’une institution. Les pos-sibilités d’engagement diffèrent selon l’instrument; les professeurs de guitare, de piano, de flûte auront plus de chances d’obtenir des charges horaires fixes sur plusieurs semestres que leurs collègues qui enseignent la harpe ou le basson. Mais les professeurs de musique peu-vent-ils faire reconnaître toute l’expérience professionnelle acquise dans le cadre institu-tionnel et dans le cadre privé et obtenir un salaire en conséquence ?

Valorisation d’image à travers l’association professionnelle
Ce genre de situation se retrouve dans d’autres secteurs professionnels, comme la logopé-die, la psychothérapie, le service de conseil. Quelles conditions faut-il remplir pour que des leçons dispensées dans un cadre « privé », non institutionnel, soient reconnues en tant que travail professionnel et indemnisées en conséquence? En général, les cours sont rémunérés de particulier à particulier. Pour soutenir la demande, les professionnels adhèrent à une association. Celle-ci comporte des exigences élevées, mais elle valorise leur image, car elle apparaît aux yeux du public comme la garante de certains critères de qualité (diplôme, for-mation continue, adhésion à un code de déontologie, réputation, etc.). Les associations pro-fessionnelles publient le nom et les coordonnées de leurs membres à l’intention des clients potentiels. La liste des professeurs privés de la SSPM s’inscrit dans ce cadre. Elle permet de découvrir les professeurs de musique, d’accéder à leur site internet, de connaître leurs ex-périences professionnelles et leurs compétences.
Au-delà du soutien de ses membres, l’un des enjeux majeurs de l’association est la défense de la profession. Elle permet aux professionnels de définir des normes et de les revendiquer par la voie de négociations et/ou de campagnes de sensibilisation de l’opinion publique. L’association leur offre une structure à travers laquelle ils peuvent parler d’une même voix et coordonner leurs efforts pour améliorer les conditions de travail. C’est aussi un lieu où sont rassemblées les connaissances en matière de bonnes pratiques. Il faut savoir que des institutions comme les écoles de musique, dont le financement et l’organisation dépendent du contexte communal, ne défendent pas toujours les intérêts des professionnels. Combien de minutes dure une leçon? De combien de temps un professeur de musique a-t-il besoin pour la préparation et le suivi de son enseignement? La pratique ne peut pas offrir des con-ditions idéales, mais elle peut s’efforcer de les améliorer. L’association définit des règles de bonnes pratiques et demande leur application. Elle défend les approches novatrices et leur donne une voix. En tant que spécialiste, elle confère un profil à la profession – et elle le dé-fend.

La qualité de l’enseignement
Les écoles de musique procèdent de manière similaire. Elles adoptent des lignes directrices, définissent l’organisation de la direction et des procédures, et garantissent la qualité de leur offre. En conséquence, elles demandent aux futurs enseignants de prouver qu’ils disposent d’une expérience professionnelle de haut niveau qualitatif, par exemple en présentant un dossier et en passant une audition. Elles veillent aussi à ce que les élèves ou leurs parents puissent se plaindre auprès de la direction en cas de problème. A cela s’ajoute le dévelop-pement continu des professeurs, documenté par l’évaluation des collaborateurs. C’est fina-lement le rattachement à une institution qui crée une expérience professionnelle reconnue. Mais qu’en est-il de l’enseignement privé, ne représente-t-il pas une expérience profession-nelle reconnue?
L’institution à laquelle les professeurs de musique privés peuvent se référer est leur associa-tion professionnelle. Par exemple, la SSPM met à leur disposition un modèle de contrat dans lequel sont définis les objectifs, l’étendue, la durée de l’enseignement, les règles du jeu en cas d’absences, etc. Pour les professeurs, ce contrat devient plus qu’un « simple » accord contraignant avec les élèves à partir du moment où il est complété par une documentation sur les leçons données et par une simple preuve de la satisfaction du client. Car il démontre alors qu’une expérience professionnelle a été acquise. Un autre élément important est l’instance de recours. Toute activité professionnelle mettant en présence deux personnes comporte des risques de dépassement des limites. Ceux-ci peuvent se produire de manière volontaire ou inconsciente ou n’être que prétendus. Nul n’est à l’abri de ces situations qui sont sources de souffrances et nuisent à la profession. Le fait que les professeurs désignent une instance de recours professionnelle et neutre à laquelle chacun peut s’adresser té-moigne également de la qualité de l’enseignement privé. Proposer une telle instance pour-rait aussi faire partie des services de l’association, sachant que la défense de la profession représente l’un de ses objectifs supérieurs.
L’enseignement privé sera-t-il bientôt reconnu comme expérience professionnelle à part entière, ou l’est-il déjà? Suffirait-il de quelques petites nouveautés pour obtenir cette recon-naissance ? La section de Zurich se réjouit qu’un débat s’engage sur cette question.


Pour le comité de la SSPM section Zurich, Myrtha Meuli
 

 

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