Etre proactif avant qu’il ne soit trop tard. Résumé d’un récit de la troisième Conférence des orchestres de la Fédération Internationale des Musiciens. 

Rencontre au sommet à Oslo

Johannes Knapp, 08.04.2014

Etre proactif avant qu’il ne soit trop tard. Résumé d’un récit de la troisième Conférence des orchestres de la Fédération Internationale des Musiciens.

Le texte original se trouve sur la page Gipfeltreffen in Oslo

Le nombre de thèmes abordés à cette conférence était tel que ce compte-rendu ne peut en donner qu’un aperçu incomplet. Un appel a été lancé, que vous trouverez reproduit ci-dessous.

Des musiciens présents ont fait remarquer que les musiciens d’orchestre sont les premiers à cacher le problème des maladies professionnelles, et qu’il fallait aussi sensibiliser les chefs d’orchestre à cette problématique, ces derniers étant évidemment moins directement concernés par ces maladies. Certaines œuvres de musique contemporaine avec des déluges de percussion peuvent être dangereuses pour l’audition. Pour éviter ce genre de situation, les œuvres ont été catégorisées aux Pays-Bas d’après le nombre de décibels, ce qui n’empêche bien sûr pas de mauvaises surprises lors de certaines créations mondiales. Le directeur artistique du KZN Philharmonic orchestra, Bongani Tembe, estime qu’il faudrait pouvoir influencer les architectes lorsqu’ils construisent des maisons d’opéra, afin d’éviter le manque de place dans les fosses d’orchestre, car cela entraîne un manque de liberté de mouvements, causant là aussi des atteintes à la santé.

Lors de son intervention très remarquée, Tembe a insisté sur l’importance primordiale du dialogue afin que les musiciens d’orchestre et le management aient une vision commune. A Chypre par exemple, où les deux orchestres professionnels luttent pour leur survie, musiciens et management n’ont pas d’autre solution que de s’entendre. Lors d’un podium de discussion, la question a été posée de savoir si le processus de décisions doit être effectué du haut vers le bas ou si l’inverse ne serait pas mieux ; mais bien entendu il a été rapidement clair que la seule solution fructueuse est de collaborer d’égal à égal. Cela permet de trouver des arrangements tel que par exemple ce qui se fait à Helsinki : si une tournée pose un problème à un musicien (par exemple en cas d’enfant en bas âge), il peut échanger son poste avec un collègue d’un autre orchestre le temps de la tournée. Cela demande par contre aux musiciens une grande flexibilité et une capacité d’adaptation lorsqu’il s’agit de s’incorporer à une autre formation.

A la question de savoir s’il y a une solution politique pour les orchestres en crise, le président de l’Union Nationale des Syndicats d’Artistes Musiciens (SNAM), Yves Sapir, a répondu avec passion et brio. Pour lui, ce ne sont pas les orchestres, mais les politiciens qui sont malades. C’est une nécessité absolue d’intervenir activement au niveau politique. Le contexte est évidemment différent d’un pays à l’autre. En Scandinavie par exemple, le secteur culturel, financé par le secteur public de façon à pouvoir être accessible à tous, joue un rôle sociétal essentiel. En Suède par exemple, les politiciens s’impliquent par leur présence dans les instances dirigeantes des orchestres. Et surtout, les politiciens sont convaincus de l’importance de la musique classique. En Angleterre en revanche, la situation est toute différente : on ne peut pas capter l’attention des politiciens avec de longues explications.

La fermeture brutale de la radio-télévision grecque a signifié également la mort de son orchestre. Cependant, il ne faut pas croire que seuls les orchestres des pays en difficulté économique du sud de l’Europe souffrent. Des coupes rases drastiques ont également eu lieu aux Pays-Bas. Les postes des membres du Gelders Orkest d’Arnhem sont passés du temps complet à un temps partiel 60% ; la plupart des musiciens du célèbre Orchestre de la Résidence de La Haye ont également vu leur poste diminuer à 70%. Dix postes à plein-temps ont été supprimés à l’Orchestre symphonique des Pays-Bas, de même pour les orchestres de Maastricht et Eindhoven. Et les postes à plein-temps des orchestres de la radio ont été diminués de moitié. Le budget total de la Hollande pour les orchestres et les opéras est passé de 60 à 40 millions d’euros. En Allemagne également, plusieurs orchestres sont morts sacrifiés sur l’autel de la rage d’économiser. Depuis 1992, 37 orchestres ont disparu par dissolution, faillite ou fusion.

Appel d’Oslo

Les représentants des syndicats de musiciens de plus de 30 pays, réunis à Oslo le 26 février 2014, expriment leur plus vive inquiétude devant la situation des orchestres symphoniques et lyriques à travers le monde.

En Grèce, aux Pays-Bas, en Allemagne, aux États-Unis, des orchestres de grand renom ont été fermés, parfois du jour au lendemain. Dans de nombreux autres pays, ils sont menacés par une baisse des financements ou des coupes budgétaires.


Dans le contexte de récession mondiale que nous connaissons, il pourrait sembler normal que les orchestres soient touchés au même titre que les autres secteurs de l’économie. Mais la destruction des orchestres ne concerne pas que l’emploi de leurs musiciens. Elle affecte aussi l’unique possibilité, pour les populations des territoires où ils développent leur activité, d’accéder à des œuvres et à des esthétiques qui sont absentes de l’offre commerciale.

Le soutien aux musiques symphonique et lyrique, qui constituent une part précieuse et fragile de notre patrimoine culturel, relève de la responsabilité de nos gouvernants nationaux, régionaux et locaux.

La conférence internationale des orchestres de la FIM appelle les responsables politiques à assumer cette responsabilité en garantissant aux orchestres les moyens de poursuivre leurs missions, préservant ainsi leur contribution essentielle à la vie artistique, sociale et économique.

Oslo, le 26 février 2014

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Beat Santschi, Zentralpräsident des SMV und Vizepräsident der FIM, als Moderator einer Gesprächsrunde. V.l.n.r.: Rolf L. Stensø, Laurent Bayle, Dario Broccardo, Renate Böck und Beat Santschi.

Sommaire Basis

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Rédacteur responsable :
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Rédacteur de la partie en allemand :
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