A l’occasion du jubilé de l’USDAM, une brochure de 80 pages a été éditée pour relater l’histoire de l’USDAM, de ses origines à nos jours. 
Entre art et travail

Entre art et travail

Laurent Mettraux , 06.12.2014

A l’occasion du jubilé de l’USDAM, une brochure de 80 pages a été éditée pour relater l’histoire de l’USDAM, de ses origines à nos jours.

L’historienne Sabine Braunschweig a réalisé un travail important, rendu quelquefois difficile du fait que des archives se sont révélées lacunaires : il y a quelques décennies encore, des documents avidement recherchés par les historiens actuels étaient considérés comme des vieilleries sans intérêt, et jetés sans état d’âme. Cependant, l’auteur de l’ouvrage a réussi à dépasser ces quelques problèmes, offrant un panorama complet non seulement de la vie associative de l’USDAM et de ses actions durant le siècle écoulé, mais aussi des difficultés de la vie de musicien, des combats qu’il a fallu mener pour que la profession soit mieux reconnue, mieux rémunérée et pour que les conditions de travail soient plus humaines et agréables.

Fondation

La fondation de l’Union Suisse des Artistes Musiciens est le fruit d’un long processus qui débuta durant les années où les premiers syndicats virent le jour en Europe. En 1872, à Berlin, fut fondée l’Union générale des musiciens allemands (ADMV) dont des sections se créèrent en plusieurs lieux de Suisse. Mais la réalité suisse semblait bien lointaine depuis la métropole prussienne et des différents émergèrent rapidement. En 1906, la centrale berlinoise ne soutint pas la revendication d’une augmentation de salaires des musiciens de l’opéra de Berne : la coupe était pleine et une sous-fédération suisse indépendante fut formée, la Fédération suisse des Musiciens. Les tensions ne s’apaisèrent cependant pas, de nouveaux conflits apparurent et une seule solution s’imposa : la scission. Ainsi l’USDAM vit officiellement le jour le 1er octobre 1914. Il fallut encore plusieurs années pour que toutes les sections suisses de l’ADMV adhèrent à la nouvelle Union suisse.

Lutte contre la précarité

A l’époque, de nombreux musiciens étaient employés dans les hôtels des lieux de cure, pour divertir les riches touristes étrangers ; ils furent particulièrement affectés par la première guerre mondiale et ses conséquences sociales et financières, ainsi que par l’épidémie de grippe de 1918. Ces circonstances les obligèrent à vivre des situations difficiles à une période où l’assurance chômage n’existait pas encore. Des actions de solidarité, entre autres des concerts de charité, permirent de sauver certains artistes de la misère, mais il manquait une politique sociale plus globale. Autre situation difficile : celle des musiciens actifs dans l’accompagnement du cinéma muet ; en quelques années, l’apparition du cinéma sonore mit en effet de nombreux instrumentistes sur la paille.

Un des combats les plus importants de l’USDAM fut l’établissement de tarifs minimaux, non seulement en vue d’équilibrer les salaires, encore très inégaux d’une région à l’autre, mais aussi pour les harmoniser avec ceux des groupes professionnels de compétence équivalente. La protection insuffisante des musiciens en cas de licenciement ou la prévoyance vieillesse étaient d’autres sujets de préoccupation. De plus, les membres des orchestres n’étaient pas engagés à l’année : l’été était tout simplement une période sans revenu. Il fallait trouver des engagements complémentaires pour cette période. Quant aux musiciens travaillant dans des localités touristiques, ce sont les entre-saisons qui s’avéraient critiques. Pour remédier à ces situations, l’USDAM développa un bureau de placement qui s’avéra rapidement fort utile. Plus tard, afin de trouver des solutions plus complètes, l’Union négocia avec les orchestres des conventions collectives de travail dont la signature couronnait un travail assidu et infatigable pour améliorer les conditions de travail des musiciens.

La gestion des droits des interprètes a également préoccupé les instances dirigeantes de l’USDAM, en particulier dès le moment où les possibilités d’enregistrer et de dupliquer les prestations musicales se sont multipliées. La brochure détaille également les circonstances qui ont vu naître la Coopérative suisse des artistes interprètes (SIG) et SWISSPERFORM.

Autres sujets abordés

Tous les tenants et aboutissants de ces problématiques sont abordés de manière claire et concise par Sabine Braunschweig, qui met en évidence l’importance du travail associatif et de la solidarité des membres, en particulier lors de conflits sociaux. Elle décrit également la question de l’adhésion à une association faîtière et le choix de celle-ci, les conflits avec la direction de la radio dans les années 30 et 40, ou encore la création en 1943 de l’Orchestre suisse du Festival de Lucerne avec l’appui de l’USDAM. Un autre projet d’envergure est évoqué dans le domaine de la formation professionnelle : les cours d’orchestre de Bienne.

Parmi les autres sujets abordés, on trouve les relations internationales et les liens avec la Fédération Internationale des Musiciens, les conséquences désastreuses des idéologies économiques néolibérales dans le domaine de la culture, la nécessité de l’adhésion à l’Union Syndicale Suisse, les maladies professionnelles ou la revue de l’Union. Celle-ci, d’abord publiée dès 1915 sous le nom de Bulletin musical Suisse (Schweizer Musikerblatt en allemand), s’intitula Presto dès 1985. Suite à la fusion de plusieurs journaux d’associations musicales, la Revue Musicale Suisse devint l’organe officiel de l’USDAM dès 1998.

La dernière partie de l’ouvrage est consacrée aux réalisations récentes, dont les nouvelles conventions collectives de travail conclues avec l’orchestre du Musikkollegium Winterthur et avec la Fondation Théâtre et Orchestre de Bienne et de Soleure, ainsi qu’aux défis actuels de l’Union, en particulier dans la lutte contre le dumping salarial. Les dernières pages contiennent entre autres l’Appel lancée par l’Union Suisse des Artistes Musiciens lors de l’Assemblée des Délégués du 19 juin de cette année, un résumé de la structure de l’Union et un appendice contenant encore quelques informations supplémentaires.

Vers le futur

Abondamment illustrée, la brochure présente d’intéressants documents, inédits pour beaucoup. Les biographies des personnalités les plus importantes de l’histoire de l’USDAM sont mises en exergue, et c’est l’occasion de se resouvenir des noms de Reinhold Backhaus (premier président central), Eugen Huss, Rudolf Leuzinger (à l’activité débordante), Vital Hauser (premier secrétaire central professionnel), Alphons Dallo, Heinz Klose, Hans Heusi et Pascal Grisoni (premier président central romand), sans compter les plus récents, Heinz Marti, Hans Peter Völkle et bien sûr du président central actuel Beat Santschi. Ces fortes personnalités ne doivent cependant pas nous faire oublier les innombrables personnes qui ont œuvré tant au niveau des orchestres, des sections, que de la fédération centrale. Par leur œuvre collective, leur engagement courageux et persévérant, ils ont démontré que l’idéalisme n’était pas une utopie : les conditions de travail des musiciens ont pu être améliorées et les instrumentistes d’il y a un siècle seraient bien étonnés de voir tout ce qui a pu être réalisé ! Malgré tout le chemin parcouru, il y a encore bien du travail à effectuer, surtout à l’heure où le téléchargement numérique réduit comme peau de chagrin les droits des interprètes. Et sans cesse, il faut veiller ici comme dans d’autres domaines à ce que les acquis sociaux ne soient pas remis en cause.

Les membres de l’USDAM ont reçu gratuitement cet ouvrage. Les autres personnes intéressées peuvent commander la publication pour CHF 20.- au secrétariat central.
 

Image
L'Orchestre suisse du Festival en 1943, avec le chef Paul Klecki

Sommaire Basis

Union Suisse des Artistes Musiciens

Internet
www.usdam.ch

Président Central
Beat Santschi

Renseignements
Secrétariat central USDAM
Barbara Aeschbacher, Secrétaire centrale
Johannes Knapp, Secrétaire syndical
Patricia Bühler, administration
Kasernenstrasse 15, 8004 Zürich
tél: 043/322 05 22
info@smv.ch

Rédaction 
Rédacteur responsable :
Laurent Mettraux
laurent.mettraux@smv.ch
Rédacteur de la partie en allemand :
Johannes Knapp
johannes.knapp@smv.ch