Avec un projet de gestion entrepreneuriale de la santé dans l’orchestre, la Philharmonia Zürich donne le bon exemple. Rencontre avec le président du comité de l’orchestre.  
Corporate Health

Corporate Health

Johannes Knapp - traduction : Laurent Mettraux, 24.06.2015

Avec un projet de gestion entrepreneuriale de la santé dans l’orchestre, la Philharmonia Zürich donne le bon exemple. Rencontre avec le président du comité de l’orchestre.

Comme le dit le proverbe, la santé est plus vite perdue que retrouvée. Les musiciens qui l’ont perdue souffrent d’acouphènes, de dystonie focale, du syndrome du canal carpien, de douleurs de l’appareil locomoteur et de bien d’autres maux encore. Dans l’espoir de retrouver leur santé, ils se tournent vers un médecin ou un thérapeute en qui ils ont confiance. Ils ne parlent cependant pas volontiers de leurs douleurs et de leurs maladies, et si cependant ils le font, c’est de préférence hors de leur milieu professionnel ou à mots couverts. Pourtant, un espoir existe que cette situation devienne de plus en plus un cliché dépassé, puisque la sensibilisation sur les questions de santé semble grandir – non seulement dans l’économie libre, mais aussi dans les activités d’orchestre. En cela, il ne s’agit pas seulement de prévenir les risques tant physiques que psychologiques, les maladies et les accidents de travail (pathogenèse), mais aussi de la question des conditions favorables à une bonne santé ainsi que de la possibilité de bien-être sur la place de travail (salutogenèse). Il convient aujourd’hui de compléter l’approche pathogénétique, depuis longtemps suivie dans la médecine et la physiologie des musiciens, par une approche salutogénétique : Comment les musiciens d’orchestre peuvent-ils rester en bonne santé malgré les charges de travail élevées qui accompagneront toujours ce métier ? Et mieux encore : quelles conditions pourraient améliorer leur santé ?

Depuis quatre ans et demi, un projet de gestion entrepreneuriale de la santé a été mis sur pied en coopération entre le département de travail social de la Haute Ecole de Lucerne, l’opéra de Zurich et son orchestre, le Philharmonia Zürich. « Il n’y a jamais eu auparavant chez nous une telle étude objective de ce genre », résume Hans-Peter Achberger, président du comité de l’orchestre. Quand bien même un certain scepticisme avait d’abord régné chez quelques musiciens (« Rien ne change, de toute manière »), le projet a été bien accueilli et soutenu par toutes les instances.

L’enquête sur la situation de départ consistait d’une part en diverses interviews individuelles et collectives, qui avaient été menées dans l’ensemble de la hiérarchie de l’entreprise, et d’autre part, élément central du projet, en un questionnaire complet rempli par les musiciens. Les résultats ont été présentés et discutés lors d’une assemblée de l’orchestre, mais surtout, un catalogue détaillé de mesures a été produit par un groupe de travail issu du comité et de la direction de l‘orchestre. Il était divisé en deux catégories. Achberger les désigne en gros comme le « software » et le « hardware ». Dans la première catégorie, on trouve les possibilités de formation continue, la consultation et l’encadrement de différentes instances, des supervisions pour le comité de l’orchestre, et dans la seconde catégorie, l’acquisition de nouveaux éclairages des pupitres, de nouvelles garnitures pour les sièges, ou encore des travaux tels que par exemple la construction de douches pour les musiciens. On s’est même occupé depuis lors de proposer des massages, tout du moins lorsque les soirées d’opéra durent plus de quatre heures.

Le fait que la plupart des mesures ont pu être mises en œuvre tient en particulier au fait qu’on s’est efforcé d’obtenir dans cette étude un haut standard d’objectivité. Hans-Peter Achberger souligne que la confiance nécessaire de la direction de l’opéra a été éveillée. Il est maintenant important, et pas seulement pour la viabilité du projet-pilote de quatre ans, que les processus de changement ne stagnent pas, mais qu’au contraire ils continuent à être appliqués sur le long terme et continuellement réévalués. Il ajoute comme source de réflexion : « Nous devons nous préoccuper de la santé de manière proactive. Les solutions se trouvent dans le cadre de travail lui-même et non dans les cabinets médicaux ». Les syndicats devraient aussi s’engager dans cette tâche : « La loi fédérale sur l'information et la consultation des travailleurs dans les entreprises prévoit justement une participation dans la protection des travailleurs et en cas d’accident. Mais pouvoir en parler nécessite une formation adéquate et des informations des responsables. Fournir les deux serait en principe du devoir des syndicats et associations. En outre, des organes et/ou instances dédiés à la situation sanitaire en entreprise pourraient déjà être définis dans les CCT. De manière réjouissante, les orchestres reçoivent de l’extérieur beaucoup de soutien et de savoir-faire, et la plupart des employeurs également ne sont pas du tout fermés à un dialogue raisonnable et fondé. Ce qui fait défaut, c’est le savoir-faire organisationnel : comment les connaissances peuvent-elles être utilisées sur le long terme et intégrées dans les procédures de décision ? »

On peut résumer notre dialogue ainsi : Il ne s’agit pas de la santé de quelques musiciens, mais aussi de stratégies générales de santé conditionnées par une éthique de direction adéquate. Car au-delà de tous les problèmes de santé qui menacent les « athlètes des petits muscles, du cerveau et de l’émotion » (Eckart Altenmüller) en raison de la forte charge de travail journalier, il doit rester dans la nature de la musique de donner du plaisir – aussi bien au public qu’aux musiciens. Achberger en est convaincu : « Si l’harmonie règne en son sein, l’orchestre sonne encore mieux. »

Sommaire Basis

Union Suisse des Artistes Musiciens

Internet
www.usdam.ch

Président Central
Beat Santschi

Renseignements
Secrétariat central USDAM
Barbara Aeschbacher, Secrétaire centrale
Johannes Knapp, Secrétaire syndical
Patricia Bühler, administration
Kasernenstrasse 15, 8004 Zürich
tél: 043/322 05 22
info@smv.ch

Rédaction 
Rédacteur responsable :
Laurent Mettraux
laurent.mettraux@smv.ch
Rédacteur de la partie en allemand :
Johannes Knapp
johannes.knapp@smv.ch