La revue La Lettre du Musicien publie également des livres, dont récemment un ouvrage consacré aux multiples facettes de la vie, encore méconnue du public, du musicien d’orchestre. Les évolutions récentes y sont également décrites. 

Le métier du musicien d’orchestre

Laurent Mettraux , 24.06.2015

La revue La Lettre du Musicien publie également des livres, dont récemment un ouvrage consacré aux multiples facettes de la vie, encore méconnue du public, du musicien d’orchestre. Les évolutions récentes y sont également décrites.

L’auteur, Antoine Pecqueur, n’est pas seulement un journaliste reconnu, mais également un bassoniste qui connaît l’orchestre de l’intérieur. Issu de ses contributions à La Lettre du Musicien, ce livre contient de nombreux chapitres, en général assez courts et condensés, mais à la lecture agréable et toujours intéressante aussi bien pour les étudiants, les musiciens en général que pour les mélomanes qui voudraient mieux connaître le fonctionnement interne des orchestres, lieux de pratique collective dans un monde devenu extrêmement individualiste. Si l’auteur décrit principalement la situation française, il ne s’y confine pas, comparant fréquemment la réalité de différents pays. On trouve de nombreuses situations similaires à celles de la Suisse, voire universellement reproductibles. Les différences qu’on y relèvera favoriseront une réflexion, soit sur ce qui pourrait être amélioré, soit sur ce qui devrait être évité. Quelques-uns des 43 chapitres du livre sont rédigés par d’autres collaborateurs de La Lettre du Musicien, par exemple le texte de Patrick Prunel concernant les différentes étapes de la vie de musicien d’orchestre.

Au fil des pages, on découvre des réalités souvent cachées, voire taboues dans l’orchestre : comment les instrumentistes s’adaptent-ils à une nouvelle acoustique, quelles sont les nouvelles tenues vestimentaires des musiciens, que font-ils lors des entractes, quelles attitudes ont-ils lors du concert (différentes façons d’entrer sur scène, comportement lors des applaudissements, etc.), quels imprévus peut-on rencontrer (problèmes de partitions, d’instruments, malaises, lampe de pupitre qui ne fonctionne plus, …), qu’en est-il des instrumentistes suivant parallèlement des études ou exerçant un métier annexe dans un autre domaine, comment gérer la problématique de la justesse (une formation spécifique ne devrait-elle pas être donnée dans les conservatoires sur la justesse en ensemble, et pas seulement sur la justesse individuelle ?), comment se vit le fait de se trouver à la place de « second » (là aussi, des qualités particulières doivent être cultivées) ?

Les relations avec le chef d’orchestre sont également abordées : les causes potentielles de conflits, la gestion des nouvelles esthétiques (un chef spécialisé dans la musique baroque à la tête d’un orchestre symphonique habituel, par exemple), l’attitude des musiciens face aux chefs invités, en particulier s’ils sont jeunes. Ces derniers se forment bien plus en contact direct avec l’orchestre que dans des cours, mais cela requiert bien évidemment de la compréhension et de la patience de la part des musiciens.

D’autres chapitres sont consacrés aux orchestres d’opéra et de chambre, aux ensembles itinérants, aux concerts de musique de chambre donnés par des membres de l’orchestre. Au sujet du fonctionnement des orchestres, le lien entre démocratisation des structures de décision et engagement dynamique est souligné : le social et l’artistique sont intimement liés. Quant à la disposition des musiciens dans l’orchestre, on trouvera la description de quelques essais réalisés par exemple en vue d’obtenir un meilleur équilibre ou pour s’adapter aux différentes salles lors de tournées. Concernant ces dernières, la logistique qu’elles requièrent exige une planification très rigoureuse de l’administration, que ce soit pour préparer des conditions de voyage idéales ou pour anticiper d’éventuels imprévus. Quand bien même les musiciens pourraient avoir à cette occasion la chance de jouer dans des salles prestigieuses ou à l’acoustique exceptionnelle, quel temps leur reste-t-il pour visiter les villes, ou au moins pour se reposer et se ressourcer après un décalage horaire alors que, pour des raisons économiques, un maximum de concerts se concentre en un minimum de temps ?

Mais nul besoin d’aller si loin pour rencontrer d’importants désagréments : les ensembles ne peuvent pas toujours répéter dans la salle où ils se produisent à cause des tarifs de location, ce qui pose de sérieux problèmes, comme par exemple en Espagne où, d’après le syndicat espagnol des orchestres, deux musiciens sur cinq se plaignent du manque de lumière lors des répétitions. Le contrôle de la température et du taux d’humidité s’avère également fondamental afin d’éviter, entre autres, que les instruments ne subissent des dégâts.

L’auteur évoque aussi l’aspect plus économique, comme par exemple la programmation, les cachets des solistes ou le dilemme de certains orchestres : payer plus cher un soliste ou un chef très connu qui assurera un bon taux de fréquentation du concert ou inviter des artistes moins prestigieux qui feront peut-être se déplacer moins d’auditeurs, mais dont le cachet moins onéreux limitera facilement le manque à gagner. Il se penche également sur les nouvelles formes de concerts, certaines destinées à attirer un nouveau public (jeunes publics, concerts avec film, nouveaux lieux ou nouveaux horaires), d’autres à palier la perte réelle ou supposée de l’attention lors de l’exécution d’œuvres jugées trop longues à l’ère du zapping. A cet égard, on peut citer un chiffre alarmant : si en 1997, 14% des jeunes français de 15 à 24 ans s’étaient rendus à un concert de musique classique, ils n’étaient plus que 11% en 2008 (ce qui n’implique pas forcément un manque d’intérêt pour la musique classique, mais la consommation gratuite et à domicile d’œuvres – voire de concerts entiers – en vidéo a sans doute davantage les faveurs de cette catégorie d’âge). Malgré ces statistiques, ce n’est sûrement pas en dévaluant le concert classique jusqu’à le transformer en un vulgaire spectacle bas de gamme ou en le faisant sombrer dans le « crossover » qu’il sera possible d’amener la jeune génération à s’ouvrir aux trésors dont elle se prive ou est privée à cause du culte du divertissement et de la superficialité, ou de la faire passer de l’écran virtuel à la salle de concerts permettant de vivre sons et sensations en direct. Pour tenter d’y remédier de manière plus conséquente et appropriée, les orchestres se tournent depuis plusieurs années vers le jeune public avec des prestations en milieu scolaire ou des programmes à la présentation adaptée.

La question de la communication, des « réseaux sociaux » et des nouveaux médias n’est pas occultée, et on peut constater que les orchestres ne sont encore que peu présents dans les forums de discussion et les blogs. Au niveau des enregistrements, on note là aussi des changements importants : mise en valeur des archives, émergence de labels indépendants dynamiques et ouverts à la découverte de répertoires oubliés, phalanges qui autoproduisent leurs enregistrements (souvent « live ») ou les diffusent en vidéo via internet.

Antoine Pecqueur met également le doigt sur quelques paradoxes : la formation spécifique d’instrumentiste d’orchestre a longtemps été négligée, les conservatoires et hautes écoles se focalisant sur la filière solistique. Autre étrangeté corollaire : on demande de jouer des extraits de parties solistes de concertos aux candidats qui passent des concours pour un poste dans un orchestre.

Le livre se termine par l’évocation d’aspects liés à la santé et à l’âge : troubles auditifs et prévention, handicapés dans la vie de musicien professionnel, fin de carrière et retraite. Au fil des pages, on trouve également des témoignages émouvants, par exemple au sujet des concerts donnés dans des hôpitaux, des prisons ou des maisons de retraite. Ou encore, celui donné par l’Orchestre national de Lille en 1983 dans une usine qui fermait : quelques années plus tard, des employés de cette usine ont affirmé que cette intervention de l’orchestre avait permis d’éviter des suicides. La vraie, la belle musique console de bien des choses !

Antoine Pecqueur, Le métier de musicien d’orchestre, 300 p., € 20.-, La Lettre du Musicien éditions, Paris, 2015, ISBN 979-10-91544-03-0

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