Situation délétère
au Métropole

Situation délétère
au Métropole

Laurent Mettraux , 14.04.2016

L’Orchestre de Chambre de Lausanne souffre des bruits répétés induits par la rénovation du complexe de Bel-Air. La salle Métropole elle-même mériterait sans doute une réfection.

Achevée en 1931, la tour de Bel-Air avait suscité d’intenses polémiques dès la conception de son projet. Pensez donc, un gratte-ciel à Lausanne (66 mètres depuis le Flon, 52 depuis la place qui a pris son nom), le premier de Suisse, dont la hauteur serait capable de concurrencer la cathédrale ! Au sein du complexe architectural, dont cette nouvelle tour de Babel si contestée était l’emblème, se trouvaient entre autres une brasserie et un cabaret à l’entrée de la Place Bel-Air, ainsi qu’aux deux derniers étages un tea-room offrant une incroyable vue sur la ville. Mais surtout, tout en bas de l’immeuble, au niveau de la rue de Genève, le Cinéma-Théâtre Métropole, de style Art déco, inauguré le 27 décembre 1931. Devenu exclusivement salle de cinéma à la fin des années 50, il a failli être transformé il y a 25 ans en un multiplexe. L’Association Musique Métropole (AMM) milita alors pour sa sauvegarde et le Conseil d’Etat classa la salle monument historique en août 1992. En décembre 1994, la Ville de Lausanne créa la Fondation Métropole. Des travaux de restauration de la salle furent entrepris dès 1995.

Rénovation bruyante

A partir de l’été 2014, la tour elle-même subit d’importants travaux de rénovation dont le maître d’ouvrage est le propriétaire des lieux, la société Zurich Assurance. Tandis que la salle se voit apporter quelques améliorations (créations de loges, nouvelles toilettes, agrandissement de l’entrée au niveau de la rue de Genève), son principal utilisateur, l’OCL, est hébergé par l’Opéra de Lausanne durant la saison 2014–15. Cependant, la rénovation de la Tour Bel-Air, qui aurait dû se terminer en même temps que la réouverture de la salle, s’allonge bien au-delà de la durée initialement prévue, ce qui occasionne de graves problèmes de cohabitation entre l’OCL et les entreprises chargées de la réfection du bâtiment. Pourtant, ces dernières, tout comme le propriétaire des lieux, ont été mis au courant des horaires des répétitions et des concerts. Malgré tout, aussi bien les unes que les autres sont perturbés par de nombreuses nuisances sonores et l’orchestre ne peut plus travailler dans de bonnes conditions depuis la réouverture de la salle en octobre dernier. A tel point que, le mercredi 24 février, une séance d’enregistrement discographique a dû être interrompue. Un préjudice grave au niveau financier (plusieurs dizaines de milliers de francs), mais surtout en matière de dégât d’image. Et que dire aux solistes et aux chefs d’orchestre invités ? Devoir travailler dans de pareilles conditions ne leur donnera pas forcément envie de revenir, et le bouche-à-oreille risque de faire une très mauvaise publicité à l’ensemble lausannois. La question des dédommagements devra tôt ou tard être posée, non seulement pour cet enregistrement avorté, mais aussi en ce qui concerne les nuisances au travail artistique et le préjudice éventuel à la réputation de l’orchestre. Pour l’instant, il semblerait que les responsables du chantier veuillent s’en laver les mains avec une certaine légèreté, invoquant même la possibilité que d’autres chantiers du voisinage soient responsables de ces désagréments… Si c’était le cas, au vu des nombreux travaux réalisés dans les environs du Métropole ces vingt dernières années, la salle aurait été impraticable pour les musiciens depuis bien plus longtemps.

Incident problématique

En matière de dégât d’image, la salle elle-même risque gros. Interrogé par le journal 24 heures, Michael Drieberg, directeur général de Live Music Production, l’exploitant de la salle, se déclare inquiet de l’état du Métropole : « Je ne me satisferai plus qu’on me dise que des gouttes d’eau qui tombent sur le plateau ne représentent aucun danger pour une salle dont les équipements électriques datent. » De fait, le plancher devrait être refait cet été à cause de ces dégâts d’eau, et les installations électriques remises à neuf. Mais il semble que les murs et les stucages devraient eux-mêmes être contrôlés, voire refaits… En effet, le mardi 5 avril, juste deux heures avant un concert de l’OCL, qui a dû être annulé, un incident plus que préoccupant mettait en péril la sécurité sur le plateau : un bloc de plâtre de 10 centimètres de côté, 5 centimètres d’épaisseur et de 150 à 250 grammes s’est décroché d’un mur à une hauteur d’environ 16 mètres. Heureusement, personne ne se trouvait alors sur la scène. Si l’intégrité corporelle des usagers est potentiellement mise en danger, il y a lieu de se demander si la salle elle-même ne mériterait pas une réfection plus conséquente. Quant à l’OCL, sera-t-il obligé de retourner sous des cieux plus cléments jusqu’à la fin des travaux ?

Interview

Nicolas Bernard, trompettiste de l’OCL et président de la section vaudoise de l’USDAM depuis 2015, répond à nos questions.

Depuis la rentrée de la saison, nous n’avons cessé d’être perturbés dans notre travail. Au début, le lieu était particulièrement sale (poussières de ciment et de plâtre omniprésentes en surface et en suspension dans l’air) et plusieurs musiciens se sont plaints à cette occasion d’une certaine gêne respiratoire. Bref, les travaux n’étaient pas finis... Par la suite, nous n’avons pour ainsi dire pas connu une seule répétition qui se soit déroulée dans des conditions normales de silence et de calme nous permettant de travailler efficacement et sereinement. A chaque fois, nous avons eu droit à des concertos pour perceuse, perforateur, meuleuse ou cri d’ouvriers et orchestre de chambre. Quasiment à chaque service de répétition se déroulant un jour ouvrable, j’ai envoyé un ou plusieurs messages au régisseur de la salle, lui demandant de contacter les entreprises ou de demander aux ouvriers de cesser leurs activités bruyantes. Sans succès.

Au fil des semaines, ces dérangements multipliés ont entamé notre patience et malmené notre compréhension. Cette situation qui n’a que trop duré nous exaspère un peu plus à chaque coup de marteau ou vibration de ponceuse.

Comment enregistrer dans de telles conditions ? Inévitablement des bruits de travaux sont venus polluer l’enregistrement et nous avons dû le repousser hors des horaires normaux de travail des ouvriers afin d’avoir la garantie de pouvoir l’effectuer dans de bonnes conditions. C’en était trop ! La direction de l’orchestre a convoqué une réunion avec la direction de la Fondation Métropole et le cabinet d’architectes mandaté pour les travaux. Ce dernier s’est alors dédouané de toute responsabilité pour la gêne occasionnée, argumentant qu’il n’avait aucun moyen d’éviter cela puisqu’il ne connaissait pas, prétendait-il, notre planning. Or, ce dernier avait été envoyé 18 mois avant notre rentrée au Métropole, et actualisé régulièrement en fonction de nos activités. Après un petit moment de malaise, un nouvel argument, pour le moins surprenant, a été avancé : le bruit ne proviendrait pas des travaux dans le complexe de Bel-Air, mais d’ailleurs dans le quartier ! Par ailleurs, le fait que les musiciens ne puissent plus travailler normalement ne semblait pas beaucoup émouvoir.

Une pierre, d’une taille somme toute conséquente, est tombée depuis les cintres de la scène. Fort heureusement, nous ne déplorons aucun blessé ou dégât matériel, et nous sommes très heureux que le concert des Entractes du mardi ait eu besoin du Steinway de concert, sans quoi cette pierre serait tout bonnement tombée dessus.

Face à cette situation, nous, membres de l’orchestre, ressentons une grande tristesse, car cela nous empêche au quotidien de pouvoir donner le meilleur de nous-mêmes, et nous éprouvons une grande
frustration à devoir ajourner ou
annuler enregistrement ou concert. Sans compter le dommage causé à l’image de l’OCL, qui se trouve écornée, en particulier auprès des
différents chefs et solistes, sans que nous en soyons en aucune manière responsables.

Apparemment, les travaux ont redoublés d'intensité durant tout le mois de mars et nous espérons que lorsque nous reviendrons après les représentations de l’Ariodante de Haendel à l'Opéra, notre travail pourra reprendre dans des conditions optimales. Quand je pense à la construction de deux nouvelles salles de concerts à Paris, ou au projet de Philharmonie à Genève, j'avoue rêver secrètement que la ville de Lausanne puisse avoir l'ambition de se doter d’un pareil temple de la musique.

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