Depuis mars 2020, des signatures sont collectées pour l’initiative populaire fédérale « Mieux vivre à la retraite (initiative pour une 13e rente AVS) » – ce qui n’est pas une tâche aisée en temps de coronavirus. L’initiative, qui bénéficie d’un large soutien, concerne tous les actuels et futurs rentières et rentiers, et particulièrement aussi les musiciennes et musiciens intermittents. 

L’AVS doit être renforcée – maintenant !

Daniel Lienhard ; traduction : Laurent Mettraux, 29.10.2020

Depuis mars 2020, des signatures sont collectées pour l’initiative populaire fédérale
« Mieux vivre à la retraite (initiative pour une 13e rente AVS) » – ce qui n’est pas une tâche aisée en temps de coronavirus. L’initiative, qui bénéficie d’un large soutien, concerne tous les actuels et futurs rentières et rentiers, et particulièrement aussi les musiciennes et musiciens intermittents.

En principe, les personnes touchant dans leur profession un salaire supérieur à la moyenne ne doivent pas se faire le moindre souci quant à leur situation financière pour leurs vieux jours. Rente AVS, caisse de pension, épargnes du 3e pilier et éventuels biens immobiliers garantissent une vieillesse sans souci.

Pour une grande partie de la population suisse, la situation est tout à fait différente : bien que la Constitution stipule que les rentes AVS et le deuxième pilier doivent rendre possible de « maintenir de manière appropriée son niveau de vie antérieur », de nombreux ménages connaissent des difficultés financières, en particulier à cause des loyers élevés et des primes d’assurance maladie. Plus de 200'000 personnes parvenues à l’âge de la retraite n’ont pas suffisamment pour vivre et ont besoin des prestations complémentaires. Après que la pauvreté des personnes âgées ait diminué jusqu’en 2013, elle progresse maintenant à nouveau. Un quart des personnes à l’âge de la retraite est menacé par la pauvreté.

Pour ces raisons, l’Assemblée des délégués de l’Union syndicale suisse USS a décidé de passer à l’offensive en matière de prévoyance vieillesse avec une initiative populaire pour une 13e rente AVS. Les 100'000 signatures nécessaires sont collectées depuis le 3 mars 2020, jusqu’au 14 novembre 2021.

Un investissement abordable

L’AVS – la pièce maîtresse des assurances sociales suisses – repose sur la solidarité entre les générations et est un modèle de réussite. Le statu quo en matière de rentes est cependant insatisfaisant : même celui qui a travaillé durant toute sa vie ne reçoit de l’AVS qu’un maximum de CHF 2370. La moitié de toutes les personnes qui sont parties à la retraite en 2017 doit cependant subsister avec moins de CHF 1777 par mois, somme qui n’est de loin pas pour tous complétée par une rente de la caisse de pension. Le dernier rehaussement important des rentes de l’AVS a eu lieu il y presque 50 ans. Il serait maintenant temps d’avoir une 13e rente AVS, ce qui correspondrait à une augmentation de 8,33%. Selon les estimations de l’USS, l’AVS continuerait à être parfaitement financée en 2030 avec environ 4,7 pour-cent du salaire à la place des 4,35 actuels. Les 2,7 milliards que coûterait une 13e rente AVS seraient finançables avec ce modeste prélèvement sur les salaires des travailleurs, ou alors par le biais d’une partie des bénéfices de la Banque nationale.

Plus d’égalité des sexes

La situation actuelle des femmes est particulièrement problématique, puisqu’un tiers d’entre elles ne touche aucune rente du 2e pilier et que de nombreuses femmes ne reçoivent que des rentes de CHF 500 à 800 des caisses de pension. Voilà pourquoi l’initiative pour une 13e rente AVS vient également à point nommé d’un point de vue de l’égalité des sexes. Vania Alleva, la présidente du syndicat Unia, cite deux raisons importantes pour lesquelles l’AVS représente un élément d’égalité entre les sexes. La première est que l’AVS favorise en général les petits revenus par rapport aux gros salaires. Même ces derniers ne reçoivent au maximum que le double de la rente AVS minimale. Cet effet de redistribution en faveur des bas salaires profite tout particulièrement à de nombreuses femmes, car elles continuent non seulement à être discriminées sur le plan salarial, mais de plus, elles travaillent souvent dans des branches à bas salaires. La seconde raison pour laquelle les femmes touchent des bas salaires est qu’elles accomplissent encore la plus grande partie des tâches non rémunérées au sein de la famille. C’est pourquoi leur carrière professionnelle est marquée par des interruptions d’activité, le travail à temps partiel et des possibilités d’avancement limitées. L’AVS reconnaît le travail de prise en charge des enfants et des proches comme un travail important socialement, donnant droit à une rente. C’est pourquoi les rentes AVS des femmes sont presque aussi élevées que celles des hommes.

Avenir incertain des caisses de pension

Les caisses de pension, le deuxième pilier de nombreux retraités, font face à un avenir incertain : Pierre-Yves Maillard, le président de l’USS, écrit à ce propos : « Lorsque les taux d’intérêts restent bas pendant longtemps, c’est le 2e pilier qui est le plus durement touché en raison du système par capitalisation. Depuis à peu près dix ans, les rentes du 2e pilier s’effondrent littéralement : depuis 2005, elles ont subi une baisse réelle de 8% en moyenne, et cette tendance vers le bas s’accélère. » Les caisses de pension suisses peuvent se voir reprocher de ne générer qu’un faible rendement avec l’argent des assurés, nettement inférieur par exemple au fonds souverain norvégien, dont les frais de gestion sont en outre dix fois moindre. Du côté de l’AVS également, selon les chiffres de l’Office fédéral des assurances sociales, les coûts administratifs s’élevaient en 2016 à CHF 160.- seulement par personne, alors qu’ils se montaient à CHF 1200.- dans le cas des caisses de pension.

Les partis bourgeois soutiennent le développement du 3e pilier, ce qui signifie que chacun et chacune devrait s’occuper de son propre sort. Maillard fait remarquer à ce sujet que la prévoyance privée ne sert principalement qu’aux personnes qui bénéficient de hauts revenus, et ce au détriment de la collectivité. Le 3e pilier est avant tout un moyen de payer moins d’impôts et n’apporte que très peu de sécurité financière à la retraite. Les pertes fiscales qu’il entraîne s’élèvent par contre à environ 2,5 milliards de francs par année. A cela s’ajoute que, selon la situation professionnelle et familiale, la cotisation mensuelle pour une rente provenant du 3e pilier revient environ cinq à dix fois plus cher que celle pour une 13e rente AVS équivalente.

Améliorer la situation financière des musiciennes et des musiciens

Les situations des revenus des musiciennes et des musiciens, qu’ils soient actifs en tant que compositrices, compositeurs, pédagogues, solistes ou au sein d’un orchestre, reflètent celles de la population suisse : à côté de quelques rares très gros revenus et de ceux de beaucoup d’autres, qui parviennent bien à s’en sortir financièrement, il y a un très grand nombre de musiciennes et de musiciens qui travaillent comme intermittents ou qui sont employés à temps partiel. En Suisse, on ne devient pas riche de cette manière. Même un poste fixe dans un orchestre n’est pas une garantie pour toucher une rente suffisante au moment de la retraite. Ce que Vania Alleva constate en ce qui concerne les femmes s’applique également à notre profession : une 13e rente AVS ne résoudrait certes pas encore le problème des bas salaires, mais serait un pas important dans la voie d’une vraie prévoyance vieillesse permettant de couvrir les besoins vitaux pour tous.

www.avsx13.ch

Union Suisse des Artistes Musiciens

Internet
www.usdam.ch

Co-Présidents centraux
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Renseignements
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