Comme l’a démontré un récent sondage, le secteur culturel se trouve maintenant encore très loin d’une normalisation. Les mesures de soutien restent indispensables à sa survie. 

Pour une prolongation des mesures d’aide

Laurent Mettraux, 24.11.2021

Comme l’a démontré un récent sondage, le secteur culturel se trouve maintenant encore très loin d’une normalisation. Les mesures de soutien restent indispensables à sa survie.

Pour une grande partie des acteurs culturels, la situation reste généralement toujours précaire et singulièrement difficile, en particulier financièrement. Le recul de la fréquentation par le public n’est pas uniquement dû aux restrictions actuelles, mais également aux changements d’habitude d’une partie des spectateurs et auditeurs qu’il faut réhabituer à revenir goûter aux joies des représentations et des concerts publics. D’autres situations péjorent la conjoncture : une santé encore plus ou moins altérée pour les personnes atteintes par le syndrome du covid long, une certaine anxiété, ou du moins une grande prudence, qui empêche d’autres de se retrouver dans des lieux très fréquentés, mais aussi la crainte d’acheter un abonnement et de ne pas pouvoir en profiter intégralement si les conditions (personnelles, sanitaires ou autres) venaient à se dégrader. En outre, il faut aussi compter avec des incertitudes de planification, des pertes de revenus pour les artistes dues autant au manque d’engagements qu’aux retards et reports de production, des possibles restrictions quant aux concerts et tournées à l’étranger. Ainsi, la Taskforce Culture (au sein de laquelle, nous le rappelons, l’USDAM s’investit activement) appelle le Parlement à prolonger jusqu’à la fin 2022 les mesures de soutien au domaine culturel. Celles-ci ont démontré à quel point elles étaient indispensables à la survie du secteur de la culture ; un arrêt brutal de ce soutien financier serait aussi incohérent que d’arrêter une perfusion sanguine à une personne souffrante au moment où elle commence progressivement à se porter un tout petit peu mieux. En effet, il est d’ores et déjà clair que, comme pour d’autres secteurs économiques (transports en commun, tourisme, etc.), il ne sera pas possible de reprendre une activité normale dès l’année prochaine. Un arrêt prématuré des mesures de soutien ne serait par ailleurs pas moins coûteux : il y aurait seulement un report des coûts (par exemple l’aide sociale qui devrait surseoir à l’aide d’urgence de Suisseculture Sociale), sans compter la perte de savoir-faire et l’augmentation du chômage.

La fausse solution des prêts

Le Conseil fédéral entend soumettre au Parlement un message concernant la prolongation de certaines mesures de la loi Covid-19. Une grande inquiétude se fait jour quant à l’idée de remplacer des mécanismes d’aide qui ont fait leurs preuves par de simples prêts remboursables. Cela n’aurait aucun sens et ne ferait que de programmer une faillite des acteurs culturels pour dans quelques mois, ou une ou deux années. En effet, les entreprises culturelles ne gardent pas de réserves mais investissent toutes leurs finances dans la production d’événements artistiques – il s’agit tout simplement de leur but, sans lequel les subventions habituelles ne seraient pas accordées. Ainsi, elles couvrent tout juste leurs coûts et ne font que rarement des bénéfices – rembourser un prêt s’avère impossible dans ces conditions. De fait, selon un sondage récemment réalisé par le bureau de recherche Ecoplan, seules 4% des entreprises et 9% des associations culturelles indiquent qu’un tel dispositif se substituant aux instruments mis en œuvre à ce jour les aiderait – l’immense majorité pâtirait donc de ce changement de paradigme d’autant plus incompréhensible que la culture a été un des secteurs les plus durement touchés, en particulier suite aux mesures de restriction décidées par le Conseil fédéral. Il faudrait donc que cette idée de prêts soit entièrement abandonnée.

Statistiques

Ce sondage d’Ecoplan, réalisé en octobre dernier pour la Taskforce Culture, permet par ailleurs de constater à quel point la culture sort en grande partie dévastée par ces longs mois de pandémie et par ses conséquences : deux tiers des acteurs du secteur culturel restent encore tributaires d’un soutien et continueront de dépendre des mesures d’aide en 2022. Sans celles-ci, la situation économique de plus de la moitié d’entre eux se détériorerait sensiblement, fortement, voire totalement. Deux tiers des entreprises culturelles et 58% des associations culturelles resteront quant à elles surtout tributaires des indemnités pour perte de gain et des aides financières réservées aux associations du milieu culturel amateur. Malgré ces soutiens, deux tiers des personnes ayant participé au sondage ont gagné en 2020 moins de 80% de leur revenu de l’année précédente, et la part des travailleurs culturels dont le revenu s’élève à moins de 40’000 CHF est passée de 46% (2019) à 61% (2020) et 57% (2021). Si les aides ont représenté en 2020 presque un tiers des revenus des personnes sondées, elles équivalaient encore à plus d’un quart en 2021. En ce qui concerne les entreprises culturelles, la situation reste extrêmement tendue, puisqu’en 2020 le chiffre d’affaires de trois quarts d’entre elles se situait sous les 80%, et pour près de la moitié même sous les 40%, de celui réalisé habituellement avant la période pandémique. Pour la moitié d’entre elles, la vente ou la prévente de billets se situait en 2020 en dessous des 20%, tandis que l’année en cours se révèle à peine meilleure. Non moins dramatiques apparaissent les chiffres des associations culturelles : parmi celles qui ont été sondées, 61% en 2020 et plus de la moitié en 2021 ont obtenu moins de 20% de leurs revenus réguliers. Associations, entreprises et travailleurs culturels ne peuvent donc continuer à survivre sans les mesures de soutien. Dans un communiqué daté du 21 octobre, la Taskforce Culture soulignait que lorsque le secteur de la culture retrouvera un fonctionnement normal, les aides diminueront en conséquence : la prolongation des mesures de compensation agirait donc comme une garantie financière permettant d’envisager l’avenir avec un peu de sérénité, alors que les conditions restent encore extrêmement instables. Ce n’est qu’ainsi qu’on permettra aux artistes de continuer à maintenir tant bien que mal une offre culturelle vivante et diversifiée.

Pour plus d’information sur les résultats du sondage, voir le communiqué de presse du 3 novembre 2021 de la Taskforce Culture sur le site www.usdam.ch

Union Suisse des Artistes Musiciens

Internet
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