La crise due au coronavirus devrait inciter à se pencher sérieusement sur la situation des intermittents culturels. 

Pour une meilleure reconnaissance du statut des intermittents

Laurent Mettraux , 28.04.2021

La crise due au coronavirus devrait inciter à se pencher sérieusement sur la situation des intermittents culturels.

Dans de nombreux domaines, la crise actuelle a mis en relief des problématiques qui n’étaient jusqu’à présent que peu ou même pas du tout prises en compte. Ainsi de la situation particulièrement précaire des acteurs culturels en Suisse, démontrée à l’occasion de deux enquêtes de Suisseculture Sociale en 2006 et en 2016. Jusqu’à présent, cette thématique était restée plutôt confidentielle, l’intérêt qui lui était porté se limitant souvent au monde culturel lui-même. Depuis une année, ce sujet a progressivement été porté à l’attention publique, médiatisé par la véritable catastrophe culturelle en cours. Grâce au travail acharné de la Taskforce Culture, au sein de laquelle les organisations faîtières et les principales associations culturelles suisses (dont l’USDAM) sont regroupées, le monde politique et l’administration fédérale ont été obligés de se pencher sur cette question. Les lacunes de la couverture sociale, les conditions de travail qui oscillent souvent entre les statuts d’indépendant et de salarié, la nature du travail artistique qui exige une préparation plus ou moins longue avant qu’un projet puisse aboutir et être rémunéré : autant de réalités auxquelles il faut apporter des réponses durables afin de revaloriser enfin le statut d’intermittent. Pour pouvoir profiter de la sensibilisation actuelle à la situation précaire des acteurs culturels, leurs revenus et leur couverture sociale feront l’objet d’une étude du bureau de recherche et de conseil Ecoplan AG, initiée par Suisseculture Sociale et soutenue par la Fondation suisse pour la culture Pro Helvetia. Par le biais d’une enquête en ligne destinée à disposer de données fiables sur la condition des acteurs culturels, Ecoplan prévoit qu’une base de données lui permettra d’élaborer des solutions pour combler au mieux ces lacunes dans le système d’assurances sociales. Encore faut-il espérer que cela puisse enfin déboucher sur quelque chose de concret et que cette période de relative sollicitude des autorités ne se termine pas avec la fin de la crise sanitaire.

Lobbying culturel

Depuis l’irruption de la pandémie il y a un peu plus d’une année, la diversité des situations vécues par les acteurs culturels, et en particulier par les musiciens indépendants, se reflète dans la difficulté de la mise en œuvre de mesures d’aide efficaces et ciblées. Comment ne pas se sentir perdu, voire découragé, face à la lenteur des décisions, aux dédales administratifs, aux formulaires qui ne correspondent souvent pas aux réalités souvent complexes du travail des intermittents ou aux fréquentes modifications des mesures de soutien ? Les associations professionnelles ont été fortement sollicitées pour conseiller leurs membres et le Guide à l’attention des musiciens sur les différentes mesures de soutien dans le cadre du Covid-19, réalisé par l’USDAM et disponible sur son site web, a aidé de nombreux musiciens à mieux s’orienter. Si on pourrait logiquement s’attendre à ce que toutes les personnes empêchées de travailler suite aux décisions de la Confédération ou des cantons reçoivent une indemnisation financière appropriée le plus rapidement possible, et ce sans avoir l’impression de devoir mendier une aide et sans travail administratif excessif, cet idéal est dans les faits loin d’avoir été atteint. Au niveau politique, une solution simple, rapide et non bureaucratique pour les artistes ayant des revenus moyens et faibles a été choisie par Bâle-Ville (indemnité journalière) et Zurich (versement cantonal d’un salaire forfaitaire), mais ne s’est malheureusement généralisé ni dans les autres cantons, ni au niveau fédéral. De son côté, l’intense lobbying de la Taskforce Culture a permis des améliorations importantes, quoiqu’encore insuffisantes face à l’ampleur des sacrifices imposés au secteur culturel. Ainsi, au parlement fédéral, des modifications ont été apportées à la Loi Covid-19, telles que l’accès des intermittents aux indemnités pour perte financière, l’abaissement du seuil d’accès à l’allocation pour perte de gain Covid pour les indépendants ou la suppression des plafonds de coûts pour les mesures spécifiques à la culture. Par contre, des mesures aussi importantes que la prolongation jusqu’à la fin 2021 de l’allocation perte de gain due au coronavirus pour les indépendants ou l’amélioration de l’assurance-chômage pour les intermittents n’ont pas été adoptées. De même, les ajustements de l’ordonnance Covid-19 sur la culture décidés le 31 mars dernier par le Conseil fédéral répondent positivement à quelques-unes des revendications, comme la simplification du traitement des requêtes des aides d’urgence ou la prise en compte de certains cas particuliers, et contiennent aussi la mention du terme « intermittents », premier signe d’une reconnaissance. Par contre, de sérieux problèmes restent mal ou même non résolus.

Solidarité indispensable

La crise actuelle a démontré avec encore plus d’acuité l’importance fondamentale des associations professionnelles pour la défense des intérêts des acteurs culturels et le poids qu’elles peuvent acquérir lorsqu’elles collaborent, que ce soit au sein de Suisseculture ou de la Taskforce Culture. Seule une collectivité peut relayer efficacement les contrariétés et les soucis individuels, espérer être prise au sérieux et négocier des solutions. La solidarité est primordiale et s’exprime de différentes manières, par exemple par les dons qui permettent à la fondation USDAM d’apporter une aide d’urgence à ses membres en difficulté (voir les détails sur le site de l’USDAM ou dans nos pages du mois de janvier) ou par l’appel fait aux orchestres de ne pas oublier les indépendants, qui vivent en partie de cachets en tant que supplémentaires.

Union Suisse des Artistes Musiciens

Internet
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Co-Présidents centraux
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Renseignements
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