Le 3 décembre de cette année, le système des trois piliers de la prévoyance vieillesse suisse fêtera ses 50 ans. Malgré la prospérité générale du pays, la précarité touche de plus en plus de personnes retraitées, y compris nombre de musiciennes et musiciens. 

Pour une AVS forte

Laurent Mettraux, 31.03.2022

Le 3 décembre de cette année, le système des trois piliers de la prévoyance vieillesse suisse fêtera ses 50 ans. Malgré la prospérité générale du pays, la précarité touche de plus en plus de personnes retraitées, y compris nombre de musiciennes et musiciens.

Dans les pages USDAM de juin 2017, nous avions esquissé un bref historique de la prévoyance sociale en Suisse, tardivement instituée en 1947, et souligné entre autres le combat entre prévoyance publique et privée. Cette dernière représente un revenu intéressant pour le secteur de la finance et des assurances, qui a en conséquence tout intérêt à ce que les rentes de l’AVS (premier pilier) soient plutôt basses, de façon à ce que la part de la prévoyance vieillesse qu’il gère (deuxième pilier : caisse de pension, et troisième pilier : assurance individuelle) soit la plus élevée possible. L’Union syndicale suisse (USS), dont fait partie l’USDAM, adopte bien évidemment une autre position et entend renforcer le premier pilier, d’autant que le pouvoir d’achat des retraités, à l’instar de celui des bas et moyens revenus, s’érode considérablement – plus que ne le présente les chiffres officiels. L’indice suisse des prix à la consommation calcule en effet une inflation moyenne (avec certes des coefficients différents suivant les secteurs) qui ne correspond pas à la situation vécue au jour le jour, puisqu’une baisse du prix des biens « durables » (électronique, habits…) peut statistiquement contrebalancer l’augmentation du prix des biens d’usage courant ou de première nécessité (alimentation, médicaments…), occultant ainsi le fait que ces derniers risquent de devenir progressivement hors de prix pour une partie de la population. En outre, les primes d’assurance-maladie obligatoire ne sont pas prises en compte dans ce calcul ; si c’était le cas, elles pourraient à elles seules modifier considérablement à la hausse le taux d’inflation.

Initiatives

Constatant que les rentes AVS ne sont de loin pas suffisamment indexées à ce renchérissement et que les rentes du deuxième pilier baissent, l’USS a décidé de lancer deux initiatives. La première, exigeant une 13e rente AVS (voir l’article de Daniel Lienhard paru dans nos pages de novembre 2020), a été déposée le 28 mai 2021. La seconde, intitulée Renforcer l’AVS avec les bénéfices de la Banque nationale, sera lancée tout prochainement, suite à une décision prise par l’Assemblée extraordinaire des délégués de l’USS du 11 février 2022.

Actuellement, en prenant en compte le résultat de l’exercice 2021, et après un versement de 6 milliards de francs à la Confédération et aux cantons, la Banque nationale suisse (BNS) dispose d’une réserve pour distributions futures de 102,5 milliards de francs, une somme qui ne cesse d’augmenter. L’USS estime qu’une partie des bénéfices annuels devrait être affectée au premier pilier de la prévoyance vieillesse. Elle ajoute que ce ne serait que justice puisque les taux d’intérêt négatifs de la BNS mettent les caisses de pension à rude épreuve. Ce ne serait par ailleurs pas une nouveauté puisqu’en 2007, la BNS avait vendu ses réserves en or excédentaires, réalisant ainsi un copieux bénéfice. L’AVS avait alors reçu 7 milliards de francs. Afin de pouvoir parer à d’éventuels reproches, l’USS a opté pour un texte pragmatique, garantissant l’indépendance de la BNS et ne demandant qu’une adaptation de la répartition, sans que les cantons n’en pâtissent. En outre, cette distribution des bénéfices à l’AVS ne devrait avoir lieu que si les réserves de la BNS sont particulièrement élevées. Rien qui puisse donc être valablement considéré comme excessif. Avec ces initiatives, l’USS entend proposer « une alternative aux attaques en règle menées par le Parlement contre les retraites » telles que, par exemple, la hausse de l’âge de la retraite ou la baisse des rentes du second pilier.

Situation péjorée

L’USS a lancé un référendum contre la réforme AVS 21, considérant celle-ci comme un démantèlement réalisé en particulier au détriment des femmes. Quant à la réforme du deuxième pilier voulue par les banques et les assurances, elle implique d’importantes baisses de rentes. Bien que les milieux de la finance et des assurances affichent un taux de retraite anticipée très largement supérieur à la moyenne suisse, leurs relais au parlement (partis du centre et de la droite) veulent relever l’âge de la retraite à 67 ans.

Alors que le système était prévu pour que la rente AVS assure un minimum vital et que les caisses de pension permettent de garantir dans une large mesure le niveau de vie antérieur, la situation de bien des personnes retraitées, parmi lesquelles nombre de musiciennes et musiciens, se péjore. A ce sujet, nous rappelons que l’USDAM recommande aux musiciens intermittents de s’assurer auprès de l’une des deux fondations de prévoyance auxquelles elle est affiliée (voir notre article de juillet 2017 consacré au deuxième pilier) afin d’améliorer leurs perspectives financières au moment de la retraite.

A qui les cadeaux fiscaux ?

Dans son discours annuel du 11 janvier dernier, le président de l’USS Pierre-Yves Maillard constatait que la vague déferlante du virus néolibéral succédait aux vagues de la Covid-19 : « Les petits indépendant-e-s dans la restauration, la culture, le tourisme ou le sport ont parfois perdu les économies de toute une vie. Les centaines de milliers de familles qui sont passées par le chômage technique ont perdu pendant des mois 20 % de leur revenu. Au moment des grandes décisions politiques, les partis de droite ont-ils prévu une seule mesure pour eux ? Non. Ils ont déjà distribué en deux sessions un demi-milliard de cadeaux fiscaux par année pour les actionnaires et les grandes entreprises, mais pour les ménages de salarié-e-s et pour les petits indépendant-e-s, il n’y a rien de prévu. Même les maigres indemnisations sont revues à la baisse. Plus tard, les ménages avec un revenu ordinaire paieront l’addition de la crise et des cadeaux fiscaux, dont le montant prévu pour ces prochaines sessions tutoie les trois milliards de francs par an. » Un mois plus tard, grâce au référendum lancé par les syndicats et les partis de gauche, les citoyens purent s’exprimer sur un de ces cadeaux fiscaux, la modification de la loi fédérale sur les droits de timbre, refusée par plus de 62% des votants. Cela répondait au souhait de Pierre-Yves Maillard : « Cette année 2022 sera celle de la démocratie directe et de la mobilisation. C’est la seule réponse possible face à ce qui se déroule devant nous. Nous essaierons, avec le peuple de notre pays, de redonner du bon sens au Parlement et d’amener les partis de droite à négocier et à chercher des solutions équilibrées. »

Tous les articles de l’USDAM cités se trouvent dans la partie archives (en bas à droite) de la page www.revuemusicale.ch/usdam

Pour des informations concernant les initiatives et le référendum de l'Union syndicale suisse, vous pouvez consulter le site
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