« Papiers sonores » de Jean-Noël von der Weid  
Mystérieuse sympathie des arts

Mystérieuse sympathie des arts

Laurent Mettraux, 27.02.2017

Comment exprimer l’inexprimable ? Pourrait-on, par le biais de mots, faire surgir les sentiments contenus dans une œuvre musicale ? En clair, signifier par la parole écrite le signifiant de l’œuvre sonore.

Plutôt qu’un essai théorique, le livre Papiers sonores nous plonge d’emblée dans la pratique : par la lecture, effectuée en parallèle à l’audition des pièces qu’ils contrepointent, des textes diversifiés de Jean-Noël von der Weid, tantôt visionnaires, tantôt quiets, quelquefois haletants, tour à tour fantasmagoriques, facétieux, narratifs ou épiques, mais toujours concis. L’expérience peut se dérouler à voix haute ou basse, même en lecture silencieuse, et chacun ressentira, si ce n’est une synesthésie, du moins une écoute différente, particulière, par le fait même que les mots possèdent aussi leurs rythmes et leur timbre, les phrases leur tempo, leur acmé et leur respiration. En eux-mêmes, ces textes possèdent une valeur intrinsèque, chatoyant en un luxuriant vocabulaire, aptes même à suggérer de nouveaux espaces sonores ou à inspirer une musique nouvelle. De la description libre à la peinture d’atmosphère, de l’illustration à la pure poésie, proche quelquefois du gongorisme ou de Lautréamont, l’auteur diversifie les approches, se calquant parfois sur le processus d’écriture des compositeurs choisis, jouant des styles et de leurs figures, allitérant ou assonant, contractant ou étirant à l’extrême les phrases, glissant habilement quelques citations d’auteurs (de Rabelais à Artaud). Exceptionnellement, des écrits des compositeurs eux-mêmes sont utilisés, tels des fragments de Janáček ou des extraits de lettres de Lassus. On découvre également, pour Couperin, l’inventaire post mortem de ses biens.

Chacun des 49 compositeurs retenus fait également l’objet d’une présentation, moins biographique que basée sur l’acte compositionnel lui-même, révélant une intime compréhension de leur apport et de leurs spécificités. Le choix, éclectique, comprend aussi bien un organum de Pérotin, des pièces de clavecin de Couperin ou de Pancrace Royer, que La Valse de Ravel ou Wiener Blut de Johann Strauss fils, des extraits de Gesänge der Frühe de Schumann ou de Children’s Corner de Debussy, Arcana de Varèse ou Black Angels de Crumb, ou encore Gombert, Gesualdo, Beethoven, Liszt, Scriabine, Bartók, Revueltas, Ellington, Scelsi, Ligeti, Kagel, Donatoni ou Neuwirth.

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Jean-Noël von der Weid : Papiers sonores, 180 p., € 25.00, Éditions Aedam Musicae, Château-Gontier 2016, ISBN 978-2-919046-38-6

Les liens vers les enregistrements des œuvres choisies se trouvent sur le site de l’éditeur :
www.musicae.fr/livre-Papiers-sonores-de-Jean-Noel-von-der-Weid-166-165
 


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