Ouvrages de Corinne Walker et Michel Cardinaux 
La musique à Genève

La musique à Genève

Laurent Mettraux, 27.03.2018

Deux récentes parutions explorent d’une part un large pan du passé musical genevois, souvent occulté par des idées reçues, d’autre part la vie et l’œuvre du compositeur et pianiste Vincent Adler, un des nombreux musiciens étrangers établis à Genève.

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Dans un livre richement illustré, l’historienne Corinne Walker nous présente un tableau sonore, du début du 17e siècle jusqu’à la période de l’annexion française, d’une vie citadine bien éloignée du cliché d’une Genève d’où un calvinisme étriqué bannirait la musique. Bien au contraire, celle-ci est fort présente, surtout au 18e siècle où la pratique musicale se diffuse non seulement dans la « haute société », mais également dans le cercle des bourgeois et artisans aisés. Ce ne sont certes pas les chants du psautier qui excitèrent la passion pour l’art d’Euterpe, mais, tout d’abord, les pratiques sociales de la danse : si la patrie de Rousseau ne connaît nulle cour princière ou religieuse, elle reste aux mains d’une oligarchie, qui, comme les jeunes aristocrates réformés venus de l’étranger pour y étudier, ne dédaigne en effet pas de se divertir. Ainsi, moins d’un demi-siècle après la mort de Calvin, et malgré les réactions scandalisées de l’austère Consistoire, les bals se multiplient, impliquant la présence de musiciens (les maîtres de danse jouant eux-mêmes du violon), dont plusieurs groupes, certains provenant de la Savoie voisine, se produisent dès le 17e siècle. Un ensemble plus important (« Société de concerts ») est créé en 1717. Les salons patriciens organisent des concerts privés, accueillent des musiciens, dont Mozart, âgé de 10 ans, durant pas moins de trois semaines. La cité attire également des virtuoses comme Viotti, le hautboïste Le Brun ou le corniste Punto. L’opéra n’est pas en reste : en 1766, après quelques tentatives, une interdiction des représentations théâtrales et une vive polémique, le premier théâtre de Neuve est construit en bois. La même année, encouragé par Voltaire, Grétry y donnera son premier opéra-comique. Des maîtres et écoles de musique aux luthiers et marchands d’instruments et de partitions, de la musique des temples réformés à celle accompagnant les parades militaires, les fêtes de l’arquebuse ou les cérémonies révolutionnaires, de nombreux autres aspects de la vie musicale sont abordés dans ce livre, y-compris dans une contribution de Xavier Bouvier qui se penche entre autres sur l’apport de la jeune élite anglaise ainsi que sur le violoniste et compositeur genevois Gaspard Fritz (1716-1783).

Corinne Walker : Musiciens et amateurs : le goût et les pratiques de la musique à Genève aux XVIIe et XVIIIe siècles / avec une contribution de Xavier Bouvier, 113 p., La Baconnière Arts/Haute École de musique, Genève/Neuchâtel 2017, ISBN 9782940462148

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Quelques décennies plus tard, dans la Genève du milieu du 19e siècle, la musique demeure encore un passe-temps agréable des familles aisées, le piano faisant partie de l’éducation des jeunes filles. Quant aux concerts, ils étaient principalement donnés par de distingués amateurs au talent plus ou moins médiocre. Tel est le contexte que décrit Michel Cardinaux dans la première monographie consacrée à Vincent Adler (1826-1871), pianiste et compositeur hongrois de naissance que le parcours de musicien itinérant amena à Vienne et à Paris, mais aussi dans la cité lémanique de 1851 à 1856 ainsi que durant les trois dernières années de sa vie. Ses œuvres lui valurent cette remarque d’Edouard Lalo : « […] comme compositeur, il est très remarquable, c’est le moderne Chopin.» Comme pianiste, il a suscité l’enthousiasme lors de ses concerts en Suisse Romande, son jeu alliant, suivant les commentaires d’époque, puissance et velouté. Son succès ne l’empêcha pas de se trouver dans la gêne, à cause de la rude concurrence que se livraient d’innombrables virtuoses. Engagé comme professeur au Conservatoire de Genève, il est apprécié de ses élèves, qui lui offrent par souscription un piano. De santé précaire, il mourra prématurément. Il faut rendre grâce à l’auteur de cet ouvrage de faire revivre la mémoire d’un musicien totalement oublié de nos jours et, espérons-le, d’amener à redécouvrir ses compositions, dont certaines se trouvent succinctement présentées dans le dernier chapitre.

Michel Cardinaux : Vincent Adler : un compositeur hongrois à Genève, 161 p., Fr. 25.00, Rapsodia Helvetica, Nuvilly 2017, rapsodia@bluemail.ch, ISBN 9782970087151


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Agenda des concerts

avril 2018

  • Mer. 25.04.
    Caldara - La concordia de' pianeti
    Lieu:
    Martinskirche, Basel
    Heure:
    19.30
  • Mer. 25.04.
    Verchachelet.........Lieder und Theaterabend choerparcoeur Attiswil
    Lieu:
    4536 Attiswil Mehrzweckhalle
    Heure:
    20.00
  • Ven. 27.04.
    bärenstutz ultra "Isabelle van Keulen Ensemble" Tango
    Lieu:
    bärenstutz1, Bärenstutz 1, 3088 Rüeggisberg
    Heure:
    20.00
  • Sam. 28.04.
    ZKO im Pfauen: Maurice Steger
    Lieu:
    Schauspielhaus Zürich, Pfauen
    Heure:
    19.30
  • Dim. 29.04.
    Kammermusik vom Feinsten - Benefitzkonzert
    Lieu:
    Park Hotel Vitznau
    Heure:
    16.30
  • Dim. 29.04.
    Christoph Erb, Frantz Loriot, Morishige Yasumne

    im Rahmen der Reihe «kleinaberfein»

    Lieu:
    St. Gallen, Centrum dkms, Auf dem Damm 17 / Gallusplatz
    Heure:
    17.00

mai 2018

  • Mer. 02.05.
    Arthur Waser Preis 2018 – George Li
    Lieu:
    KKL Luzern
    Heure:
    19.30
  • Jeu. 03.05.
    Arthur Waser Preis 2018 – George Li
    Lieu:
    KKL Luzern
    Heure:
    19.30
  • Ven. 04.05.
    Lunchkonzert: Sonnenaufgang
    Lieu:
    Lukaskirche, Luzern
    Heure:
    12.30
  • Ven. 04.05.
    Louis Schwizgebel au Week-End Musical de Pully
    Lieu:
    Maison Pulliérane, 1009 Pully
    Heure:
    19.30