Editorial

05.12.2013

RMS 12/2013

Trouver l’écho

Ce numéro conclut notre série thématique autour des quatre éléments. Nous l’avions commencée en mars avec l’air, puis le feu en juin, l’eau en octobre, et finalement la terre dans cette édition de décembre. L’air produit et véhicule les sons de la voix et des instruments; le feu sacré est nécessaire pour faire avancer la musique, dont l’eau symbolise le mouvement permanent. L’air, le feu et l’eau produisent eux-mêmes une certaine musique, du moins des sons caractéristiques. Mais comment comparer la terre, cette matière, ce matériau, à la musique, phénomène insaisissable et éphémère?

Une des légendes les plus anciennes les relie toutefois: le mythe d’Orphée, dont la musique était si belle que non seulement «les oiseaux dans le ciel, les poissons dans l’eau, les animaux dans la forêt», mais aussi «les arbres et les rochers» se précipitaient pour l’écouter, comme le raconte Gustav Schwab dans Sagen des klassischen Altertums (Légendes de l’Antiquité). Quand Orphée cherche à séduire les dieux des enfers pour récupérer sa bien-aimée, même la pierre de Sisyphe s’arrête de rouler. Le damné peut s’asseoir sur elle pour écouter. A la mort d’Orphée, même les pierres pleurent. Les sons d’Orphée trouvent écho dans la matière, dans une sphère qui nous est inaccessible.

L’un de nos articles est consacré à la musique d’enterrement. Musique jouée à un moment où, plus que jamais, nous nous rendons compte du caractère inéluctable et inflexible de la vie terrestre. Les morceaux choisis aujourd’hui en ces circonstances ont de moins en moins de connotation religieuse, l’important pour les proches du défunt étant, semble-t-il, de faire écho à son parcours de vie.

Dans la légende, Orphée n’est pas parvenu à sauver Eurydice. En quittant les enfers avec elle, il avait l’interdiction de se retourner pour voir si elle le suivait, faute de quoi elle resterait prisonnière à tout jamais. Mais cet effort fut surhumain parce qu’il n’entendit aucun écho pour le rassurer: «il tendait l’oreille pour percevoir la respiration de sa bien-aimée ou le froissement de ses vêtements — mais tout autour de lui n’était que silence, un silence de mort».

Cordialement
Pia Schwab


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